Hunger Child Blues – Townes Van Zandt

Le 12 novembre 2015 par Disso

townes van zandt DLF

Je me suis toute ma vie méfié des préjugés et pourtant il m’arrive, plus souvent qu’à mon tour d’y plonger. Ainsi en est-il de Townes Van Zandt, un nom jusqu’ici pour moi vaguement évocateur de country américaine, et donc, par construction, absolument pas fait pour moi. Donc, pendant des années, je n’ai pas écouté Townes Van Zandt. Je ne savais même pas vraiment qui il était, juste cette vague idée qu’il devait faire ou avait dû faire de la country ou quelque chose d’assimilé : un machin un peu lourd avec de grosses boots de Texan pataud dans lequel on chante les herbes vertes des prairies, la bien aimée et la solitude de fond du cowboy errant.
Et puis par hasard, un jour, j’ai entendu Hunger Child Blues. Shazam dans ce cas-là fait des miracles, il s’agissait de Townes Van Zandt. La chanson me plaisait, je me suis intéressée à son auteur.
Un Texan donc, assez peu connu à son époque, jouissant d’une renommée tardive et d’une reconnaissance critique assez impressionnante.
Je me suis intéressée à sa vie hors norme, surtout pour l’époque. Une vie de bohème faite d’addictions diverses, de caravane, de tournée des bars, de troubles du comportement et une mort, il y a presque 20 ans déjà (1997) due à un arrêt cardiaque et à une vie d’excès.
Je me suis intéressée à sa voix, lancinante sans être plaintive, un peu haut perché et presque nasale. Une voix d’émotions.
Et je me suis intéressée à sa musique, forcément. Ses grands classiques : Pancho & Lefty, If I needed You, Kathleen… Mais à chaque fois, je revenais à des titres moins connus : Cocaine Blues, Sixteen Summers Fifteen Falls et surtout, surtout Hunger Child Blues.
Hunger Child Blues, c’est une chanson « rescapée ». Du vivant de Townes Van Zandt, elle ne faisait pas partie de sa discographie. C’est une de ces chansons qu’il chantait dans les bars, à 26 ans, deux ans avant qu’il ne soit repéré et n’enregistre son tout premier album « For the sake of the song » en 1968.
Une dizaine de ses chansons inédites a été retrouvée après sa mort et réunies sur album « In the beginning » paru en 2003. La plupart des chansons de l’album sont enregistrées solo à la guitare, deux seulement, dont Hunger Child Blues le sont avec un groupe. La chanson s’en trouve magnifiée, pas d’arrangements à la mode, pas de tics vocaux, pas de recherche de la perfection, juste un aperçu brut de ce que devait chanter Van Zandt dans les bars. C’est peut-être ce côté direct que j’aime tant dans ce titre, ça et ces évocations simples et magnifiques, comme un haïku. Des lucioles zèbrent l’air froid des montagnes de leurs étranges dessins, le soleil brille et Townes Van Zandt chante l’enfant de la faim que personne ne saisit vraiment jamais. Do you think that you know my name ? Ainsi en va-t-il sans doute de moi, j’essaie de capturer Van Zandt en mettant des noms sur ce qu’il était, mais je crois au fond qu’il restera à jamais pour moi ce Hunger Child, libre et insaisissable.

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