I can’t live without Mark Kozelek’s music

Le 13 mars 2014 par Erwan

Vous reprendrez bien une dose de Kozelek ? J’en avais parlé à l’été 2012 et 2013, et cette année il est inutile d’attendre plus longtemps (même s’il peut encore nous sortir quelques disques dans les mois qui viennent (un album de chansons de Noël est d’ailleurs déjà prévu pour novembre)) car Mark Kozelek vient de sortir Benji, le sixième album de Sun Kil Moon, et l’un des très bons disques de cette année 2014 qui commence bien plus fort que la précédente.

Comme souvent avec les disques de Kozelek, j’ai envie de me pencher sur les textes, car la musique est souvent un peu la même (bien que ce soit beaucoup moins vrai sur ce disque par rapport à Among The Leaves, j’y reviendrai plus loin). Et là, ça ne rigole pas beaucoup sur Benji. Certes, ça ne rigole pas souvent avec Kozelek, mais le dernier disque qui évoquait le songwriting et la vie de tournée était nettement moins noir que ce disque. Comme le dit Pitchfork dans sa chronique (notée 9.2 rien que ça) « There are 11 songs on Sun Kil Moon’s astonishing sixth LP Benji, and in nearly all of them, somebody dies ». Parfois on perd de vue des membres de sa famille, et on ne reçoit des nouvelles que des années plus tard, en apprenant leur mort, comme l’évoque Kozelek sur la première chanson Carissa, celle avec le texte le plus long du disque. Cousine ou oncle (Truck Driver), il semble qu’il faille éviter les bombes aérosol dans la famille.

Oh Carissa when I first saw you you were a lovely child and the last time I saw you you were 15 and pregnant and runnin’ wild
I remember wondering could there be a light at the end of your tunnel but I left Ohio then and pretty much forgotten about all about you

Carissa burned to death last night in a freak accident fire in her yard in Brewster her daughter came home from a party and found her
Same way as my uncle who was her grandfather an aerosol can blew up in the trash god damn what were the odds
My uncle died in a fire on his birthday
Redneck that he was burnin’ trash in the yard one day
and onto the pile he threw an aerosol can of spray
and that’s how he died in the fire that day

On perd aussi des amis (Micheline), et on pense déjà à la mort qui inévitablement touchera nos parents (I Can’t Live Without My Mother’s Love et I Love My Dad).

You can be cruel all you want talk bad on my brothers shoot me full of holes and I won’t be bothered
judge me for my ways and my slew of ex-lovers but don’t ever dare say a bad word about my mother
When I was a kid my dad brought home a guitar he got from Sears
I took lessons from the neighbor lady but I wasn’t going anywhere
He went and got me a good teacher and in no time at all I was gettin’ better
I can play just fine I still practice a lot but not as much as Nels Cline

Et Kozelek nous parle aussi de ces tueries de masse qui touchent tout le monde au moment où l’on apprend la nouvelle, avec Pray for Newtown et aussi Richard Ramirez Died Today Of Natural Causes, une des chansons les plus rythmées de Benji, où la diction de Kozelek et les morts relatées filent aussi vite et sonnent aussi violemment que les meurtres de Richard Ramirez, serial killer américain (on pense forcément au John Wayne Gacy, Jr. de Sufjan Stevens).

December 14 another killing went down
I got a letter from a fan he said Mark say a prayer for Newtown
I ain’t one to pray but I’m one to sing and play
for women and children and moms and dads and brothers and sisters and uncles and aunts
Richard Ramirez died today of natural causes got amped up on speed and broke into houses
Bludgeoned people to death wrote shit on their skin and left ’em they finally got him and he went to San Quentin

The headlines change so rapidly today I came to the studio to work on something pretty
then I saw the news on James Gandolfini while I was eatin’ ramen and drinkin’ green tea
The Sopranos guy died at 51 that’s the same age of the guy who’s comin’ to play drums
I don’t like gettin’ older stuff havin’ to pee 50 times a day and is bad enough

Musicalement, Benji est donc plus varié que les deux albums précédents, grâce notamment aux invités Will Oldham (aux chœurs sur les trois premiers titres), Steve Shelley (l’ex-batteur de Sonic Youth) ou Owen Ashworth, l’ex-Casiotone For The Paintfully Alone qui joue de son clavier Rhodes typiquement reconnaissable sur (entre autres) le joli titre Jim Wise dont il a composé la musique. Les chœurs gospel de I Love My Dad et le saxophone qui rencontre une guitare flamenco sur le dernier titre Ben’s My Friend (pour Ben Gibbard) apportent aussi de la diversité au disque, même si l’on sait que Kozelek arrive très bien à nous passionner avec des chansons très simples, seul avec sa guitare aux cordes en nylon. Pour preuve le sommet du disque, les dix minutes de I Watched The Film The Song Remains The Same, où Kozelek raconte tout ce qui lui revient en mémoire en revoyant ce film, et où il pense aussi à la mort, la sienne cette fois-ci, on y revient décidément toujours sur ce disque.

I don’t know what happened or what anyone did but from my earliest memories I was a very melancholic kid
When anything close to me at all in the world died to my heart forever it would be tied

I got a recording contract in 1992 and from there my name and my band and my audience grew
and since that time so much has happened to me but I’ve discovered I cannot shake melancholy
For 46 years now I cannot break the spell I’ll carry it throughout my life and probably carry it to hell
I’ll go to my grave with my melancholy and my ghost will echo my sentiments for all eternity

Benji est disponible chez Caldo Verde et en écoute sur Spotify

3 Commentaires sur “I can’t live without Mark Kozelek’s music”

  • Rien sur l’évolution agaçante de sa manière de chanter. Je suis fan depuis 92, mais je commence à me lasser sérieusement de ce ton désabusé et il faut le dire, un peu pleurnichard. Quant aux textes, je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer, devant tant de naïveté / franchise / absence de recul. Bon, cet album s’écoute tout de même, mais rien à voir avec Admiral Fell Promises ou Ghosts of the great highway, pour ne citer que les albums sous le nom Sun Kil Moon.

    • Erwan

      Oui j’ai déjà lu/entendu ce reproche à propos de Kozelek ou Bill Callahan aussi, mais comme j’ai découvert les deux assez tardivement je n’en ai pas forcément la même approche qu’un fan de longue date. Avec le temps la musique d’un artiste évolue obligatoirement, le chant aussi et j’aime beaucoup la façon dont chante Kozelek ou Callahan maintenant.

  • Effectivement, si tu as découvert plus tard, le ressenti est forcément différent.

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