Ô Canada ! Terre de nos musiciens !

Le 2 décembre 2013 par Erwan

Dan Bejar, Spencer Krug et Carey Mercer

Je ne sais pas ce qu’ils mettent dans l’eau au Canada mais en tout cas ça entraîne une augmentation des cas d’hyperactivité, notamment chez les musiciens. Parmi ceux-là, Dan Bejar, Spencer Krug et Carey Mercer, qui sortent au moins un disque par an depuis dix ans pour les deux derniers, presque vingt ans pour Bejar. Destroyer est riche d’une douzaine d’albums depuis 1996, et Dan Bejar fait aussi partie des New Pornographers et de Hello, Blue Roses. Carey Mercer est le leader de Frog Eyes et de Blackout Beach et Spencer Krug a fait partie de Wolf Parade, Sunset Rubdown et sort des disques sous le nom de Moonface désormais. Ajoutez à ça Swan Lake, un super-groupe qui réunit les trois et vous avez un total de plus de quarante albums pour ces trois canadiens, dont trois sortis cet automne.

Commençons par le plus récent avec Five Spanish Songs, un Ep de Destroyer composé comme son nom l’indique de cinq titres (des reprises de Sr. Chinarro) chantés en espagnol par Dan Bejar. Après Kaputt, l’album qui a élargi le public de Destroyer mais qui moi m’avait peu plu avec ses excès de saxo années 80, on retrouve ici un Bejar plus folk (ou rock sur El Rito), avec cette belle langue espagnole qui sonne bien quand elle est chantée par des anglophones (Josh Rouse dernièrement).

Julia With Blue Jeans On est le nouvel album de Moonface, le projet solo de Spencer Krug, qui a la particularité de se baser sur des instruments différents pour chaque disque. Après un Ep avec marimbas et « shit-drums », un album à l’orgue et un autre avec le groupe finlandais Siinai, ce nouvel album est uniquement composé de chansons où Krug est seul au piano. Les compositions souvent alambiquées de Krug mises à nu au piano, c’est ce dont je rêvais depuis longtemps et c’est enfin fait avec ce disque, qui est à la hauteur des espérances. Des chansons comme Barbarian, November, 2011 ou surtout Love the House You’re In font partie des plus belles chansons de leur auteur, et ce n’est pas rien vu le niveau de certaines chansons de Wolf Parade ou Sunset Rubdown.

Enfin Carey Mercer a sorti son nouveau disque de Frog Eyes sur Bandcamp uniquement, avec un long texte bouleversant parlant de la mort de son père survenue avant qu’il enregistre cet album (lire le paragraphe 4 à propos de la chanson Claxxon’s Lament) et de la découverte de son cancer de la gorge juste après l’enregistrement. Il a aussi écrit un texte tout aussi touchant évoquant son cancer et son approche de la mort chez The Talkhouse, touchant mais aussi très drôle parfois. En voici de larges extraits.

A few years ago I made the decision to name a record I made (working under the name Blackout Beach) Fuck Death.
I liked it: I was proud. Fuck Death became a mantra, a thing to whisper. Fuck Death, Fuck Death — I whispered it through my teeth while I was cycling up Vancouver’s hills, while I was walking, while I was cooking: I meant only fuck the bad Deaths: the skull-crack of the police baton, the twist of the torturer’s last screw, the slow Death of starvation (…).
There are little deaths too, but when I whispered Fuck Death I did not mean these little deaths: the death of your uncle, or your mother, or your grandfather: attended to, loved, in good company, a withered hand held one last time: Fuck not that Death, I thought. A few months after I made this declaration, my brother called me. He barely spoke, but managed to gasp out some bad news: my pops had the cancer, very bad, in all the bad spots. And my dad died three months later. I remember my mom leaning into me and whispering, « Fuck Death, indeed. » I wanted to protest. « But mom, » I might have whined, « I meant the big deaths. War. Torture. » But I didn’t say anything.
After this happened, I started to secretly regret this decision to call the record Fuck Death. I felt like I had awoken a curse upon us. Ridiculous, perhaps: my dad smoked close to two packs of cigs a day for at least a decade, and smoked cigs from the age of 12, and then he got lung cancer.
And then two months later my sweet grandmother, who had a fuck of a hard life, and certainly did brush up against decay and Big-Death-Abuse, fell and hit her head, and left this world. And then six months later I noticed a big lump in my neck.
Every professional that spoke to me stressed these words: « This is not your fault, Carey. » I never told them about the curse that I had surely brought upon myself. I never told them that by uttering FUCK DEATH I had attracted the attention of Death, brought a ruinous gaze down upon my family, like the signal fire on a ship-wrecked island, like shooting a flare into the sky, like hiring a bannered plane that reads, « Death! Come to me! Bring your worst! I invite your ruin! »
I started whispering « respect death » all the time. « Respect death, respect death, respect death. » Just little whispers when I was alone.
I’m reading this back to myself and I am thinking that I have become a bit unhinged, but I also am glad that I am publishing this writing as a kind of warning: don’t name your record Fuck Death.
And out of my lips popped a new mantra: Fuck Abuse. Fuck any action that creates a life-in-death, that blots out life, that creates a waking horror of such depth that one’s life becomes a series of tortured days to just get through. « Fuck Abuse, Fuck Abuse, Fuck Abuse. » So Fuck not Death, but merrily say I: Fuck Abuse. Fuck torture: physical, mental, sexual torture. Fuck violence. Fuck war. Fuck the violence that finance visits upon us all everyday. Fuck the toxification of the soil, the trees, the sky, and the ocean. There are some mixed-up, hateful, inherently awful people out there, and fuck them. But please remember to respect death.

Et côté musique ? Des trois artistes ici présents, Mercer est sans doute le plus difficile d’accès, celui avec les compositions les plus complexes, du genre à éviter après une grosse journée sous peine de mal de tête assuré. Mais Carey’s Cold Spring, enregistré de façon plus simple et rapide, est de loin son album le plus facile, et peut-être le meilleur, avec de magnifiques chansons comme Noni’s Got a Taste For the Bright Red Air Jordans ou le presque tubesque Don’t Give Up Your Dreams. Espérons qu’on aura la chance d’entendre le successeur de cet album.

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