Pitchfork jour 3 : quel bilan?

Le 6 novembre 2013 par Disso

Ma tarte aux poires et noisettes cuit doucettement dans le four, j’ai hésité à vous donner la recette, mais à la place, je vais vous donner celle du Pitchfork Festival de Paris.

Mais déjà, ce troisième jour donc. Si vous vous souvenez bien, le deuxième jour avait vu se succéder sept excellents concerts d’affilée. Le troisième jour, même s’il était un cran en dessous, ne déméritera pas. Donc, explosées de fatigue, les pieds en compote et le dos endolori, nous voilà arrivé au samedi soir. Les deux premiers groupes, je ne peux rien en dire, nous avons fait la sieste. Pas de Pégase donc, pas non plus de Empress Of. Ô terrible injustice que celle qui consiste à vous faire passer en début de soirée (d’après-midi même ici, puisque c’est à 16h40), terrible injustice donc, pour de jeunes groupes.

Youth Lagoon

Youth Lagoon

C’est avec Majical Cloudz que débute la soirée. Et encore, nous arriverons au milieu de la performance du groupe. Le chanteur a l’air un peu perdu, ne sachant pas la durée de son set, pas sûr de ce qu’il veut jouer, bref, on serait un peu mauvaise langue qu’on jurerait presque qu’il a pris quelque substance prohibée avant de monter en scène. Ou alors, Majical Cloudz n’a pas bien préparé son passage. Dans tous les cas, l’impression de « j’menfoutisme » est un peu désagréable. La musique, en revanche, elle ne l’est pas. Dans une ambiance sombre  et désespérée à la fois, le duo fait bonne impression. Devon Welsh possède une voix quasi parfaite, les mélodies sont belles. Cependant, le groupe devrait bien mieux rendre dans une salle plus petite, plus proche du public. On les verrait bien à la Maroquinerie ou à l’Ubu, afin que leur pop mélancolique puisse pleinement s’exprimer.

Sky Ferreira, je passe mon tour. Le peu que j’en ai entendu m’a paru totalement inintéressant. Mais bon, j’imagine que Pitchfork a dû se dire un truc du genre : mon Dieu, imaginez qu’on passe à côté de la révélation du moment ! Présence scénique inexistante, mélodies cent fois entendues et voix aux abonnés absents.

Youth Lagoon fera en revanche bonne impression. Ambiance brumeuse (et sombre encore), nappes psychédéliques, et mélancolie à tous les étages. Le groupe réussit l’exploit de mélanger à la fois une grande tristesse et des mélodies quasi rock et sautillantes. Même si leur set connait quelques passages à vide, j’ai été convaincue, au point d’en être vraiment émue. Il y a quelque chose de particulier, chez ses jeunes gens. Quelque chose qui donne envie de s’intéresser à eux plus que le temps d’un concert en tout cas.

Alternance de chaud et froid, après les plaisirs mélancoliques de Youth Lagoon, Baths me laisse totalement hermétique par son mélange d’abstractions électroniques et de sons très dansants. L’album est parait-il excellent. Le live était, à mon avis, assez mauvais.

La suite de la soirée présentera un grand fourre-tout assez jouissif bien que, a priori, totalement incompatible. Ca commence avec le roi des ambianceurs de mariage, en provenance de Syrie, Omar Souleyman. Soyons clairs : je ne trouve pas que la musique d’Omar Souleyman présente grand intérêt. Cependant, ce soir-là, à ce moment-là, tout le monde avait envie de ça : danser, onduler, crier, lever les bras en l’air, chalouper, bref, s’amuser. Et le meilleur moment pour moi, aura été la tête d’abord incrédule, puis totalement ravie des vigiles devant cette déferlante de son electro-arabisant. Il faut avouer que le bonhomme en jette : longue djellaba, keffieh rouge et blanc et lunettes de soleil. En star consommée et sure de ses effets, Omar arpente le devant de la scène rythmant la mélodie en tapant des mains, le tout accompagné d’une reverb à faire pâlir d’envie n’importe quelle star du r’nb.

Omar les a tués

La folie devant Omar Souleyman

Place ensuite à Yo La Tengo, qui était un peu mon angoisse de la soirée. Allais-je aimer le groupe en live, moi qui avais détesté les Tindersticks quinze jours avant à Cesson. La réponse ne se fait pas attendre : OUI, OUI et OUI. C’est même le concert de la soirée que j’ai préféré avec celui de Hot Chip, mais pour des raisons très différentes. Je ne vais pas parler de Yo La Tengo, parce que je connais mal le groupe et que d’autres que moi en ont mieux parlé. Ce que je sais, c’est que je retournerai voir ce groupe, et sûrement plusieurs fois.

Hot Chip enfin, les « fameux » Hot Chip. Quand j’ai raconté sur Facebook que j’avais adoré ce concert-là, on m’a répondu en gros que c’était pas possible, que Hot Chip était de la sous-musique, que ça ne valait pas mieux qu’un genre de sous New Order etc. Je vais pas vous la faire : le chanteur au charisme de comptable de province, sa voix très palote, les mélodies ultra aguicheuses…  Oui, oui, c’est vrai. Et alors? ET ALORS? C’est quoi un concert réussi? Un concert qui atteint ses objectifs et provoque des émotions. Un concert qui donne du plaisir. Oui, Hot Chip donne du plaisir en live. Un plaisir inouï, pur et sans mélange. Un plaisir qui prend le corps entier et vous pousse à danser, quelque soit votre état de fatigue. Un plaisir tellement fort que le temps de deux chansons, ce n’est plus le Pitchfork Festival de Paris, mais le concert de Hot Chip, le public de Hot Chip et la salle de Hot Chip. Rarement dans ma vie, j’ai vu un groupe aussi doué pour donner du plaisir à danser que Hot Chip, ce soir-là au Pitchfork comme il y a quelques mois à la Route du Rock.

Après, reviendrais-je au Pitchfork festival? Je ne sais pas trop. Le public qui parle tout le temps, l’ambiance très « regarde mon look », tout ça, ça ne me plait guère. Mais quand on fait abstraction de ça, les concerts proposés sont vraiment intéressants. J’ai pu voir en trois jours des groupes dont je m’étais jurée de les voir en live, un jour ou l’autre. J’ai pu découvrir des groupes que je retournerai voir. J’ai pu réviser mon jugement sur certains (coucou Petit Fantôme), donc rien que pour cela, oui, j’ai aimé ce festival.

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *