Pitchfork festival, jour 2 : quand la musique est bonne, bonne, bonne.

Le 4 novembre 2013 par Disso

Faut-il brûler le Pitchfork Festival? Le premier jour du Pitchfork Festival de Paris, ainsi que nous te l’avons raconté Virginie et moi, le premier jour donc, était assez médiocre : faune pour le moins étrange, du moins pour moi, et bières horriblement chères : 7€ la pinte. Donc, la question, au deuxième jour, aurait pu se poser légitimement. Ce festival n’était-il qu’un médiocre rassemblement de hipsters (le mot est lâché) de toutes sortes et un conglomérat de musiques fades et mollassonnes?

Sauf que voilà, au deuxième jour du festival, retournement de situation, on commence, chose extraordinaire, par 7 bons concerts d’affilée. Je crois n’avoir jamais vécu ça dans un festival jusqu’ici. Entendons-nous, tout n’était pas génialissime, mais durant ces 7 concerts, les groupes étaient bons, la musique bonne et le plaisir était constant.

Petit fantôme

Et je vais commencer cette soirée par un énorme mea culpa. J’étais pleine de prévention, d’a-priori et de doutes sur Petit Fantôme. Pourquoi? Parce que tout le monde sautait comme un cabri (coucou mon général) à l’annonce de son nom, un peu comme pour Fauve quelques mois plus tôt. Mais quand même, et parce que je l’avais promis à quelques personnes, je suis venue tôt en ce vendredi après midi, pour voir donc le fameux Petit Fantôme (de son vrai nom Pierre Loustaunau). Le premier abord est un peu inquiétant pour moi, le monsieur a des petites tresses, porte un genre de treillis et sautille sur lui-même comme s’il était possédé (ou pire ragga-man). Et puis à la première chanson, on se dit : ha tiens, c’est pas si mal que ça en fait. A la deuxième l’attention est prise et quand vient la troisième, là, c’est foutu. Devant la barrière, scotchée face à ce drôle de chanteur qui ne ressemble à personne (coucou Daho), je me retrouve à frissonner quand Petit Fantôme chante l’amour triste, l’honnêteté, la solitude. Et je ne suis pas la seule. Même les anglo-saxons sont bouche bée. Quant au monsieur à ma gauche, je jurerais avoir vu une larme se perdre quelque part entre sa joue et sa barbe. Donc mon conseil sera le suivant, si ce monsieur passe près de chez vous : courez le voir en concert.

Autres scène, autre ambiance, voilà le dark metal et Deafheaven. Pas ma tasse de thé le metal, du tout même. Et le côté ambigu du chanteur tout vêtu de noir, cheveux plaqués gominés, gants de cuir et gestuelle très ample ne va faire qu’accroître le malaise les premières minutes. J’avoue avoir passé la moitié du concert à me demander s’il allait lever le bras droit tendu vers la foule en un salut qui aurait rappelé d’autres époques moins heureuses. Mais non. Le monsieur aime visiblement jouer avec la provocation mais sait aussi s’arrêter à temps. Après, je suis incapable de parler de cette musique. Je peux juste vous dire que j’ai bien aimé ça, cette sorte de déflagration sonore continue  qu’apaisent de temps à autre des pauses sonores presque jazzy. Et puis le chanteur s’approche à nouveau du micro et crie. Parce qu’il ne chante pas, il crie littéralement. Comme si on lui arrachait une corde vocale. Bon, dit comme ça, ça peut paraitre assez peu tentant et pourtant en live, ça rend sacrément bien. Au point que, comme pour My Bloody Valentine, on se retrouve à supporter sans broncher (mais avec les bouchons), les décibels. Le public est convaincu, particulièrement les très jeunes, 17/18 ans et moi aussi, j’avoue, ça me plait. C’est violent, mais oui, c’est bien et c’est sacrément bluffant.

Wall of death

 

Course de l’autre côté de la scène, Wall of Death. J’avais déjà vu le groupe lors d’une soirée Gonzai à la Maroquinerie et là, même plaisir. Les boucles du psyché s’enchainent et montent infiniment. Le plaisir et là, comme il le sera dans un genre très différent pour les demoiselles de Warpaint. Certes, le côté un peu glacial de Warpaint peut refroidir, mais quel plaisir que de retrouver leurs grands titres et la toujours très impeccable bassiste.

Suite de la soirée, avec deux groupes déjà vus à la route du rock et/ou aux Trans : Colin Stetson et Junip. Colin Stetson est toujours aussi impressionnant lorsqu’il tire de ses instruments des sons jamais entendus ailleurs, créant des univers sombres et presque étouffants mais fascinants. Je ne suis pas sûre en revanche que se performance ait eu sa place dans ce type de festival. Junip quant à lui, avait musclé son set pour arriver à combler la grande Halle de la Villette. Et ça lui allait plutôt bien. On retrouvait surtout les titres du dernier album, et la voix toujours aussi sensuelle de Josééééé.

C’est ensuite au tour de la scène Madchester et du baggy sound de faire son grand retour sur scène. Non pas avec un de ses membres, mais avec un groupe que l’on jurerait petits frères des Stone Roses ou Happy Mondays : Jagwar Ma. Grosse reverb,  coupe au bol, bob sur la tête, boucles de son distordu, on aurait envie de crier ACIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIID lorsque Gabriel Winterfield chante de sa voix haut perchée. Heureusement, il chante mieux que Ian Brown, ouf, nous voilà sauvés. Toute la halle, à l’instar du bassite, bondit en l’air et saute sur ses pieds pendant l’heure entière du concert. Et comme ils l’avaient fait à la Flèche D’or en septembre, Jagwar Ma met le public sens dessus dessous, transformant la salle en nouvelle Haçienda.

Ça sera tout pour nous pour la soirée : je ne supporte pas Connan Mockasin et sa pop dégoulinante. Quant au rap de Danny Brown, on va dire que mon oreille n’est pas faite pour ce genre de choses, parce que j’ai trouvé ça très mauvais. Et comme je n’aime pas dire du mal inutilement, je vais passer mon tour. Et puis après tout, sept bons concerts pour une seule et même soirée, c’est déjà énorme, non?

Vous pouvez revoir les concerts de Jagwar Ma et Colin Stetson sur la Blogothèque.

 

 

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