Zombie Zombie : rituels d’une Route du Rock

Le 29 août 2013 par Stf

Amateur de vieux synthés, de krautrock bizarre et fan de la première heure, j’étais pourtant très bêtement passé à côté de leur dernier album Rituels d’un nouveau monde. Heureusement que leur très impressionnante prestation du festival Westside en juin dernier a remis mes pendules à l’heure : j’aime ce dernier album au moins autant que le premier et le long EP de reprises de John Carpenter, j’avais adoré le duo (et pris exceptionnellement une claque devant le jeu de batterie de Neman) justement sur la tournée Carpenter et j’ai adoré le désormais trio, tout en puissance efficacité et sans aucune esbroufe (et pourtant, deux batteries …). Leur récent passage sur la scène du Fort de la Route du Rock m’a permis de les recroiser et d’en savoir un peu plus sur leur manière d’envisager tout ça : la musique, les concerts, un ménage à trois tout neuf et le futur. Comme Etienne Jaumet et Cosmic Neman sont de grands bavards, il n’a pas fallu grand chose pour les lancer. Juste une question, peut-être un peu provocante, même si ça n’était pas l’idée et même s’ils l’ont pris avec le sourire : comment un groupe de musique que l’on pourrait grossièrement et trop rapidement qualifier d’électronique peut prendre autant de place sur une scène : un énorme tas de synthés (ça, ça les a fait rire) et deux batteries, rien que ça, alors que tout pourrait tenir dans un laptop ?

Photo by JU / DLF

Photo by JU / DLF

Etienne : Ce qui m’intéresse, ça n’est pas que ce soit encombrant, que ça prenne de la place, que ce soit plus visuel … il faut avant tout savoir que ce sont des instruments avec beaucoup de réglages, on fabrique nos sons nous-même, en direct. Du coup ça change beaucoup de choses par rapport au live. Pas besoin, comme avec un ordinateur de passer par des menus, sous-menus, impossible de rappeler des préselections, des presets. Donc nos gros synthés, même s’ils prennent de la place, qu’ils demandent beaucoup de réglages, permettent surtout de créer des choses beaucoup plus personnelles car ils sont finalement beaucoup plus ouverts.

Neman : On fonctionne avec un vieux système qui s’appelle le CV/Gate, un système de synchronisation qui existait avant le système MIDI. C’est de la synchronisation électrique entre machines. Mais ça nous permet quand même de synchroniser une boite à rythme avec un synthétiseur. Le grand intérêt de ce système, pour nous, en tout cas du séquenceur que l’on utilise sur scène, c’est qu’il n’y a pas de mémoire. Donc pour chaque morceau ou entre chaque morceau, on est obligés de recréer la séquence, le motif musical. On ne peut pas juste arriver avec des choses pré-programmées, comme beaucoup de gens font et du coup, ça provoque la surprise parce que la séquence n’est pas forcément toujours à la bonne vitesse, tout ne se passe pas exactement comme on veut et c’est ça qui nous intéresse : la surprise, l’interactivité … On n’est pas là pour appuyer sur la barre espace d’un ordinateur. Après,oui, c’est lourd et ça prend de la place …

E : C’est un rapport complètement différent à l’instrument. Nos morceaux sont beaucoup plus longs sur scène, on a beaucoup plus de possibilités d’improvisation … ça peut être délicat par moment mais ça va, on s’en sort.

N : Et puis l’erreur, le danger, ça aussi ça nous intéresse …

E : On essaye de passer au-delà …

N : Utiliser l’erreur pour la rendre intéressante, rester humains, imparfaits. Et puis quand ça marche pas et bien tout le monde le voit et alors ?

E : Ce qui me surprend c’est que justement, les gens adorent nous voir nous dépêtrer quand on a des soucis du genre le morceau qui part deux fois trop vite ou deux fois trop lentement, que le rythme varie pendant le morceau. Les gens adorent parce qu’ils se sentent actifs, impliqués ! Un concert parfait, ça n’est pas intéressant, mais un concert où il se passe quelque chose d’unique parce qu’il se passe quelque chose d’inattendu, là c’est magique !

N : On se moque de reproduire nos morceaux à l’identique, en respectant les structures. On veut se surprendre nous-mêmes et surprendre le public. Ca demande un minimum de travail pour tout s’approprier tout en se laissant la place pour l’improvisation. Ca nous permet de faire durer les morceaux le temps que l’on veut, de pourquoi pas avoir des idées pendant qu’on joue … C’est l’interaction entre nous qui est particulièrement intéressante.

E : En répétitions, on travaille surtout des idées qui peuvent éventuellement ressortir en concert. C’est une approche quasi jazz …

N : Sans les solos, les chorus …

 Et les 2 batteries dans tout ça ?

N : J’ai toujours été fasciné par les groupes à 2 batteries, c’est souvent très intéressant, c’est très plaisant pour un batteur de jouer avec un autre batteur, comme il y a d’ailleurs, beaucoup de groupes avec deux guitares, même si ça n’est pas exactement la même chose. Nous ce qui nous intéresse, c’est encore une fois la complémentarité … En gros, il y a deux possibilités : soit on joue la même chose en même temps, c’est très efficace … mais sachant que pour nous, il y a déjà une boite à rythme qui fait la même chose, du coup, on travaille plutôt dans la complémentarité. Quand l’une joue, l’autre joue dans les espaces qui restent. En général, moi je fais plutôt la rythmique et lui, est plus dans les arrangements, les percussions. On n’a pas le même set de batterie de toutes façons. J’ai toujours adoré l’Afro Beat, Fela Kuti … donc l’association batterie/percussions, c’est ce qu’on avait envie de retrouver aussi.

E : … et n’oublions pas que du coup, sur scène, les deux batteurs sont sur le devant de la scène, face à face … mois, je suis derrière, avec un batteur dans chaque oreille, les retours derrière moi : je suis plongé dans un son vraiment très agréable, et je pense que pour le public, c’est pareil. Il y a quelque chose de plein, de cohérent.

Ont ensuite été évoqués dans le désordre, Nick Cave (en bien), Local Natives (hum …), Godspeed avec respect mais indifférence (sur le plan musical) mais aussi Phil Collins (malgré son absence remarquée à la Route du Rock cette année encore …) avant de passer, via une discussion sur leur rapport aux images (et l’évocation du grand John Carpenter), les clips souvent peu passionnants*, aux perspectives des mois à venir.

*(sauf quand les Gi Joes s’en mêlent)
E : on a fait une BO pour un film qui tourne en festivals pour le moment et qui sortira pour de bon, un jour, j’espère … c’est un film franco algérien intitulé Loubia Hamra (haricots rouges en arabe). Ca se passe pendant la guerre d’Algérie, et ça tourne autours d’une bande d’enfants, confrontés à la mort, comme dans une sorte de rite initiatique. … Mais avec des images très belles, très innocentes, avec un côté très onirique … On a eu carte blanche pour faire la musique, on avait plein de place … Versatile semble intéressé pour sortir un EP des morceaux emblématiques de cette BO. On verra ce qu’on en fait … est-ce que ce sera la matière d’une tournée … en l’état, on n’en sait rien !

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