Posé dans le Mile-End : EP7

Le 11 mai 2013 par pareto35

La Sala Rossa, c’est la maison du peuple espagnol. D’ailleurs le drapeau ibérique s’exhibe fièrement à l’entrée de la salle. Un couloir en mode hacienda où l’on peut évidemment se poser afin de déguster des tapas et puis l’étage pour découvrir une jolie salle.

En fait la Sala Rossa, c’est le même établissement que la Casa del Popolo mais de l’autre côté de la rue et la jauge au dessus.  On y trouvera évidemment un distroboto, le distributeur de kit de culture et les bières en fût sont à 5$+1. Tout est correct.

Samedi soir, c’était donc l’occasion de découvrir la salle mais également de se faire un shot expérimental en redécouvrant le saxophoniste hors norme et aux multiples collaborations, Colin Stetson. Je l’ai croisé aux Transmusicales en 2011 et là, il jouait pour deux soirs, à domicile, depuis que l’américain est installé à Montréal. En ouverture, c’est Saltland, la nouvelle formation de Rebeca Foon également Montréalaise. Elle va nous préparer tout en douceur à digérer les barrissements de Stetson. Le tout est sous influence Arcade Fire puisque Sarah Neufeld ouvrait la veille et que Saltland a été produit pour une grande partie par Mark Townson officiant également pour la tribu. Evidemment, les retardataires ont eu tort, le show est sold-out et la file des guests s’est allongée toute la soirée.

Tout d’abord, Statland et la présentation d’un nouvel album au joli titre i thought it was us but it was all of us. Une belle au violoncelle, un contrebassiste et un drumer et son clavier. C’est suffisamment surprenant et parfois dissonant pour vous interpeller. Une voix légère mais surtout de très longues plages musicales à la progression savamment pensée. Unholy ou comme si Nico, un dimanche matin, s’était mise à improviser sur le Aion de Dean Can Dance.

Ce que j’aime bien avec l’expérimental, c’est lorsque le talent et la technique s’effacent au profit d’une expression musicale et corporelle des plus surprenantes. Ici on caresse, on torture et on pousse l’instrument dans ses retranchements. Clin d’œil au contrebassiste. L’album sort le 14 mai, je l’écouterai.

Puis vint, Colin Stetson. La salle est vraiment pleine désormais. Deux saxophones dont le terrible saxo basse.

Donc là, il n’est plus immédiatement question de musique mais avant tout de performance fondée sur une maitrise sans pareil de la respiration circulaire. Cela permet de produire une double colonne d’air tel un vieux magnéto deux pistes. Ajouter à cela un jeu de percussion avec les touches du saxophone des plus incroyables et là nécessairement on s’arrête. On s’arrête longuement et on essaye de comprendre. On cherche les pédales à loops et on ne trouve rien. C’est physique, hypnotique, organique presque animal mais pendant au moins 30 minutes, c’est saisissant. Car l’exercice en solo présente ses limites.

A mesure que le show se déroule, une forme de lassitude s’installe. On ne sait plus très bien si l’on vient assister à une performance technique et respiratoire hors du commun ou à la production d’émotions. Et là, j’ai un doute. Et ce n’est certainement pas le public ultra hipster, applaudissant à tout va, qui obtiendra même des rappels qui va le lever.

Au fur et à mesure de la soirée, j’ai eu le sentiment de m’inviter un samedi soir chez Colin Stetson. A une part(é)-y au Mile End. On l’admire pour ce qu’il sait faire et qu’il est seul à faire. On l’apprécie pour ses collaborations des plus recommandables (Arcade Fire, Tv on the Radio, Feist, …), mais j’ai comme un doute quant à sa capacité à plaire au delà du salon Indie/Mile End.

 

 

 

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