L’interview : ELECTRIC ELECTRIC

Le 11 avril 2013 par Disso

J’ai découvert Electric Electric par des vidéos Youtube, au début. Quelqu’un avait du poster sur Facebook une vidéo de ce « nouveau » groupe de Strasbourg qui venait à l’époque de sortir un album Sad Citties Handclappers. Et j’ai accroché de façon très directe à cette fureur rock jouissive sans aucune contrainte ni limite. Et ça tombait bien, parce que Electric Electric, c’est ce qu’on nomme « un groupe de scène », un de ces groupes fait pour retourner une salle et la faire gigoter de façon quasi épileptique au son du math-rock. Mais au-delà de cette musique très brute qui prend le corps, il y a tout un échafaudage musical, une construction savante de sonorités entendues nulle part ailleurs. Quelque chose de très exigeant que j’ai retrouvé sur leur album cet automne Discipline.

Ambiance : J’arrive au moment des balances  à l’Antipode. Le groupe joue quasi en entier certains titres, puis la phrase fuse, gentille mais claire et précise « Tu peux monter un peu le son, sur le micro, s’il te plait, merci. Et là, je suis pas sûr, on peut jouer encore un peu, pour tester? » Ça donne très vite une idée du groupe : gentils, sachant très bien ce qu’ils veulent, extrêmement pointus et précis avec leur musique. Je retrouve le trio dans la loge. Eric Bentz, le chanteur, guitariste. Concentré, un peu intimidant, rentré en lui-même et qui sourit tout à coup quand ce que vous dites est juste et recoupe ce qu’il a envie de transmettre de son travail. Vincent Robert, le « nouveau » au clavier et chant, il travaille pour les groupes de chez Herzfeld. Très simple, un bon sourire  et  à l’aise. Enfin, Vincent Redel, le batteur, qui est à l’origine du groupe avec Eric, silencieux dans son fauteuil, l’air un peu tendu ou fatigué tout simplement. Je suis mal à l’aise parce qu’intimidée par le groupe et je ne sais pas trop comment commencer l’interview, du coup, ma foi, j’y vais cash.

De façon très concrète, le travail de composition qui mène à l’album, comment il s’organise ? Vous arrivez chacun avec des idées, des bribes préparées ?

Eric : On a bossé de manière différente par rapport au précédent album, J’ai apporté des trucs tous prêts, avec des morceaux complètement ficelés, que je proposais aux autres. 4 titres sur les 11 de l’album. Après, on s’investit dans les répétitions, on finit les formes, les sons…
Pour les autres titres, je suis arrivé avec des choses non structurées, et là ça se jouait avec Vincent Ro, on enregistrait les batteries, on essayait des choses
Vincent Ro : Comme c’est aussi moi qui enregistre pour le label Herzfeld, j’ai un studio donc on peut faire tout ça à la maison, ça nous laisse du temps.

Comment vous travaillez ensemble, le fait d’être en trio, comment se décident les choses ?

(petits regards en coin et sourires, y a visiblement du vécu dans le groupe)
En studio, Vincent et Eric ont beaucoup bossé ensemble. C’est un moment assez riche, à négocier, échanger, amener les idées à l’os. Petit à petit comme ça, on élague les trucs qui plaisent pas à l’autre. Sur chaque morceau, on a argumenté. Et à la fin, si l’un ou l’autre ne tenait pas trop à son idée, il finissait par y renoncer.

Vous avez des goûts musicaux plutôt communs ou divergents?

On a écouté un peu les mêmes trucs, plutôt du post hardcore pour Eric, free music et musique experimentale pour Vincent Ro. Ou même du métal parfois.
Vincent Re : En fait, on a des parcours assez similaires, on est tous les trois assez curieux de musique contemporaine, musique électronique, des musiques différentes… Oui, c’est ça qu’on a en commun : l’envie de créer des « formes autres ».

 

 

Et le travail très particulier de la voix, vue plutôt comme un instrument ?

Eric (qui chante sur l’album) : Je ne voulais pas qu’on visualise « un chanteur » mais en même temps, la voix amène un affect. Je ne peux pas dire que je me considère comme un parolier, je crée toujours en yaourt. Et après, je passe plus de temps à trouver un sens et les paroles qui vont traduire un état d’esprit, une émotion.

Sur cet album, y a une dimension plus électronique, froide, presque industrielle, c’est quelque chose que vous recherchiez ?

Vincent Ro : J’ai fait quelques apports et avec mon arrivée dans le groupe, il y a plus de musique electro. Pour la dimension indus ,on avait cette envie de percussions, on a fait ça avec des grosses reverb, comme ces expérimentations musicales dans des grandes pièces. On recherchait un peu cette sonorité.
Eric : Pour le côté Indus, je respecte Neubauten, mais je ne crois pas que ce soient nos références directes. Peut-être plus les Swans, qu’on avait vu au début du processus du disque, ce côté rock avec ampleur orchestrale. Ou même Throbbing Gristle, à la limite.

Vous vous imaginez des collaborations avec d’autres groupes de Herzfeld, par exemple ? 

La Colonie de Vacances (avec Pneu, Marvin, Papier Tigre etc), c’est une histoire de copains, on partage certaines références. Mais tant qu’à travailler avec d’autres groupes, on aimerait bien essayer avec des groupes très différents. Par exemple, mais pour rire, comme ça, on se disait qu’on essaierait bien un truc avec Les Percussions de Strasbourg. Mais y a rien de tout ça à l’ordre du jour, pour le moment.

Et après, tout ce qui concerne «l’image du groupe » pochette, photos, etc, c’est quelque chose qui vous importe ou pas du tout ?

C’est pas trop un truc sur lequel on se penche, c’est compliqué la question de l’image. Par exemple, quand tu vois les photos de groupe, elles se ressemblent un peu toutes.
Pour la pochette du disque, on était ds la charte du label avec le photographe. On a de l’intérêt pour les arts graphiques, c’est sûr, mais en même temps, on n’est pas allé chercher un « concept ». On fait ça au dernier moment, un peu à l’arrache.
En tout cas, on a l’intention très claire de ne pas se mettre en avant au niveau individuel, on veut être perçu comme un groupe, et ce qui compte, c’est qu’on s’intéresse à notre musique.

Qu’est ce que vous vous souhaitez pour l’avenir en tant que groupe?

Vincent Re : On a fait beaucoup de concerts, on a beaucoup tourné. Trouver du temps, des mois, pour des repet’, c’est pas évident. Et puis on a d’autres projets à mener, aussi.
Le fait d’être trois désormais, ça demande du temps d’adaptation, aussi. Ça fait comme un nouveau groupe. Avant, on était à deux, ça allait plus vite, à trois ça change les choses. Ça demande un travail plus minutieux.
Eric : Pour ce disque, on n’était pas du tout sous pression, du label, ni de personne. Il y avait des projets à coté et Vincent avait d’autres groupes de musique à gérer à côté. Les 4 ans entre ce disque et le précédent, ça ne nous a pas vraiment paru long.
Vincent Ro : Oui, et puis, moi j’aimerais développer mon projet électronique aussi.
Eric : En tout cas, ce qui est sûr, c’est que je suis toujours excité à l’idée d’un nouveau disque à venir (il montre sa tête avec un sourire) Et ça commence déjà à cogiter…

 

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