Chroniques d’un vieux con : le futur

Le 11 mars 2013 par Thomas

Un futur proche. Disons avril 2013. Le 12.
Les machines ont pris le pouvoir. Un putsch. Le coup dur. On n’a rien vu venir. Plutôt, on n’a rien voulu voir venir. Parce que ça nous pendait aux lobes, les gars. Les premiers pas de SlowTools dans les années 1980, les échantillonneurs, les séquenceurs, les batteries électroniques… l’escalade, jusqu’à l’infernal Vocodeur, l’arme de destruction massive de tympans. Il fallait les réduire au silence quand il était encore temps.

Puis le cataclysme. Le champignon. L’irradiation de la planète. L’hiver atonique.

Depuis, les rescapés s’adaptent, survivent dans les clubs souterrains épargnés par Universol®. La vie reprend ses droits, au rythme des derniers tubes proscrits post-afrobeat sur peaux et tendons de chiens de prairie, en boucle sur les ondes nasillardes de Radio Libra. Les courants underground se sont radicalisés, forcément. Le BMM (Black Market Music), réseau de fabrication illicite de bandes analogiques 1″ ATR, s’organise et renforce ses circuits de distribution. L’espoir renaît. Tenace. Mauvaise graine.

En surface, les champs d’éoliennes soufflent un vent pacificateur. Universol® annonçait hier la sortie du nouvel album de Madonna™, sur toutes les plateformes de téléchargement. Tweet My Tits est déjà promis à un avenir aussi bref que rémunérateur. La contre-offensive ne tarde pas, lancée en coulisses par le fonds de pension concurrent Spears™ Aguilera™ & Gaga™, sous forme d’iVidz© adressées aux blogueurs les plus suivis de la cage. Les associations de protection des animaux protesteront, demain. Les Féministes et les Amis du Dernier des Mohicans aussi. Les opérateurs téléphoniques écouteront les millions de SMS/MMS sonner dans leur poche. Les journaux télévisés trouveront leur une, empaquetée, prête à l’emploi, sur leur bureau.
« Une interview au 20h ? Mais bien entendu, les trois Artistes ont hâte de s’expliquer pour faire taire les rumeurs. Adressez-vous à leur secrétaire, Mlle Longoria-L’Oréal™. Merci de joindre à votre demande un plan détaillé de l’installation technique de votre studio, en n’oubliant pas les angles de prise de vue de vos caméras. Notre costumière en aura besoin pour le choix des décolletés et des échancrures. »

À l’interface des deux mondes, aux sorties de métro, à l’entrée des puits de mine, c’est le Manifeste de Grohl qui circule, creuse la terre, remue l’humus, fourrage et fertilise les esprits. Sound City: Real to Reel (Ville son: réel à bobine dans sa version Google Translate – qui est toujours à la traduction ce que l’Autotune est à la chanson) réveille les passions. Son origine ? Son/ses auteur(s) ? Le mystère demeure. La bande fut découverte dans une grotte de Qumrân, dit-on, sur un tas de vieux parchemins. On évoque Sundance, Nirvana, Rupert Neve… sans parvenir à faire la part du mythe et du réel.

Peu importe. L’étincelle a embrasé la tourbe. L’incendie gronde, six pieds sous terre. On organise des projections dans les cavernes, des festivals dans les mines à ciel ouvert. On déterre les consoles analogiques, on reprend Shellac et Guided by Voices. On étudie les Prophéties de Saint Dave, on grave les Nouvelles Tables de Mixage de la Loi.

« How do we keep music to sound like people? » demande Saint Reznor.

En se posant la question.

L’Histoire est en marche. La Terre Promise est en vue. Écoutez, ça craque.

ps: profitez-en pour lire Tertiaire, d’Eric Holstein, à qui j’ai volé Mlle Longoria-L’Oréal™.

Un commentaire sur “Chroniques d’un vieux con : le futur”

  • le film est très chouette ! la bande-son qui vient de sortir aussi… seulement j’ai l’impression que Dave Grohl a un vrai goût pour la surproduction façon Phil Spector : je regrette un peu, à l’écoute du disque, de retrouver des sons presque trop propres…

    enfin je chipote : c’est terriblement bon pour les oreilles. Grand public, mais fin… c’est rare.

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