Narrow Terence a créché à l’église Saint-Eustache: divine naissance

Le 23 février 2013 par Sophie V.

Déjà, à cette époque, une inquiétante logorrhée jaillissait de mon cœur et je m’insurgeais de ce qu’on n’ait pas érigé à Narrow Terence une scène au sommet de l’Empire State Building pour que le monde entier pût se repaître de leurs bontés divines qui seraient alors diffusées par monts et par vaux et merveilles.
Depuis, j’ai suivi de loin leur avancée sur les grandes scènes de ce monde : Allons, Bouglon, Leyritz-Mocassin, Pompogne (ben QUOI ? C’est dans le Lot-et-Garonne). Mais enfin bref : point de tonitruante éclosion médiatique dans les oreilles de mes compatriotes. Heureusement, les plaisirs personnels, c’est tout aussi délicieux, et entre-temps, j’ai même dégoté dans un punk disquaire marseillais leur tout premier album, introuvable ici et là. Mais je ne m’étais pas résignée à ce que Narrow Terence sombre dans l’oubli collectif avant d’être entré dans sa mémoire, et, dans l’ombre mais prête à bondir, j’attendais leur heure.

Et le mercredi 20 février 2013 à 20h00, j’ai bondi. L’Église Saint-Eustache était comble, et le gentil curé aux sonorités anglaises avait l’air ravi de céder sa chaire à plus bruyant que lui. Évidemment, un tel lieu est propice aux communions collectives avec le ténébreux seigneur rock. Les longues et élégantes colonnes grises gothiques aspirent l’âme vers des contrées altières, et la lumière d’or qui chatoie des chandeliers choie voluptueusement les corps. Alors, tu regardes le ciel, tu mi-closes les paupières et tu te laisses inonder.

Lumière divine rehaussée par chandelier

Le groupe joue en acoustique – batterie, guitare, violon, trombone à coulisse, et surtout, surtout, cette voix rocailleuse d’Antoine Puaux dont j’avais tant parlé ici, remplace l’alcool que le lieu sacré interdit.

Vlan!

Je n’ai pas vraiment écouté le dernier album, « Violence with benefits », mais je crois être beaucoup trop aveuglée (assourdie?) par la sauvagerie caverneuse de Narco Corridos pour pouvoir pour l’instant l’apprécier à sa juste et plus mûre valeur. (Didier Varrod en a parlé dans sa chronique matinale!) J’ai trouvé les nouveaux morceaux plus doux, plus lissés, moins brut de décoffrage. Mais cela peut aussi être attribué à l’association église + acoustique, combo à forte valeur tempérante. Et puis, de toute manière, le groupe flottait en état de grâce et d’osmose cuivrée.

Les deux frères sont toujours chargés d’humour, de fraîcheur, de spontanéité. Le magnifique « The man who thinks » est dédié à la maman, qui se lève au milieu des bancs, frétillante de fierté ; le groupe, bien entendu, joue « Weakness Of The Sheep », ironique estocade aux faibles moutons habituellement réunis en ces lieux ; après le rappel, autre attentat à la pudeur chrétienne, ils reprennent The Nobodies, de Marilyn Manson.

Bon mais surtout, ce qu’il faut retenir, c’est la sensation que ce soir, à Paris, dans cette église, sous l’ovation du public debout, on a assisté à une naissance. Enfin.

Ovation

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