L’interview : FRUSTRATION

Le 9 janvier 2013 par Disso

C’était en décembre à l’Antipode et c’était ma toute première interview en face à face, C’était Frustration avec Frédéric le clavier et Fabrice le chanteur. C’était intimidant. C’était bien aussi, merci à eux et à Amélia.

UNCIVILIZED l’album 2013 de Frustration est en écoute intégrale chez Born Bad Records.

Ambiance : Fabrice, le chanteur et Frédéric, le clavier, sont dans la loge. Je ne sais pas combien de temps j’ai, ni si mes questions sont pertinentes. C’est la première fois que je me livre en direct à ce genre d’exercice. Je vais être assez vite rassurée. Ils sont charmants tous les deux, parlent facilement, sont plutôt détendus et souriants. Fabrice a mal au dos, il s’allonge sur le canapé, grignote des cacahouètes et semble toujours un peu comme sur le qui-vive. Frédéric est plus « serein ». De temps à autre, des gens entrent ou sortent de la loge, mon ordi sur les genoux, je tape, je tape et ça donne ça.

 

Est-ce que vous vous définissez toujours comme punk et si oui, qu’est ce qu’il reste de punk aujourd’hui chez Frustration ?

On ne se définit pas comme punk. Dire « on est punk », c’est prétentieux. De toute façon, un punk de 50 ans qui travaille, c’est un paradoxe déjà. On peut dire qu’on est looké à la limite un peu comme des punks mais ce serait bien prétentieux de se prétendre punk.
Ce qu’il reste d’intéressant du mouvement punk, c’est la subversion. La provoc’, on est passé au dessus. La provoc’, c’est naze, un peu comme les T-shirts à croix gammée. La subversion, ça, c’est plus intéressant.

 

Et justement comment fonctionne le groupe ? La prise de décision ou de parole par exemple ? Les orientations pour l’album ou les décisions pour un concert… ?

On n’est pas anarcho punk. Les décisions se font de façon collective, c’est notre culture. Mais les chefs, les connes, les ptits généraux n’ont pas le droit de cité chez nous. Ils essaient souvent de s’ériger comme chef, en organisant des concerts par exemple. Ces gens-là,  ils restent peu de temps, ils vont dans d’autres milieux. Ces gens du milieu alternatif, ils sont partis dans le théâtre ou la chanson française,  un peu comme les Satellites.

Chez nous, toute décision est conflit, tout est source de conflit. Mais les décisions sont fluides parce qu’on est tous révoltés au même moment.
Frédéric se lève et montre le t-shirt UNCIVILIZED :
- Tu vois ce t-shirt, t’en penses quoi ?
- Il est bien
- Ben tu vois même pour ce t-shirt, on n’était pas tous d’accord, certains le trouvent moche. Mais on a quand même fini par le sortir. On préfère convaincre que vaincre. On avance comme ça.

 

Est-ce que vous diriez que vous faites partie d’une « bande » comme il y en avait autrefois autour des Bérurier ou ce genre de groupe ?

On fait partie d’une bande d’une trentaine de personnes de 25 ans à 50 ans pour les plus vieux. On fait des concerts, des barbecues, mais pas tous ensemble. On n’est pas forcés de trainer ensemble. On ne se pose pas trop de questions sur garçon ou fille, y a pas de préjugé. Chez nous, les vieux ne sont pas toujours les vieux cons, les meufs sont pas forcément des pétasses, ni les mecs des macho.

 

Quand on regarde la scène musicale actuelle, on constate depuis un ou deux ans, un grand retour de la cold wave, des sons new wave, post punk… Est-ce que vous avez le sentiment d’appartenir à une « famille » musicale  ou bien est ce que vous vous sentez isolés sur la scène musicale ? Et le fait que vous fassiez ce genre de musique depuis longtemps, ça ne vous agace pas quand vous voyez sortir certains artistes actuels ?

(sourire direct des deux qui lancent le nom de Lescop en l’air avant même que j’ai le temps de leur en parler)

Frédéric : Lescop, on le connait depuis longtemps, depuis Asyl. Ce qu’il fait, il le fait très bien, moi je critique pas, même si c’est pas mon genre. Je respecte le truc. Y a quand même une sobriété
Fabrice : Moi ça m’intéresse pas. Daniel Darc, bon là, je respecte (à ce moment, comme un petit signe musical, on entend Taxi Girl dans l’Antipode).
Cherry Bones , ils nous ont mis à genou, des gamins de TOURS. On aime Warum Joe, Dick Voodoo, ce sont pas des amis, mais on se voit. Charles de Goal, on aime aussi.
Agent Sinde Grinder : on les connaissait mais on n’a jamais réussi à jouer ensemble. On a meme fait des concerts dans la même ville le même soir qu’eux. Sinon, on aime aussi Komplikation, un mélange belge et allemand.

 

Et les trucs genre FRONT 242 ou l’EBM ?

Fabrice : J’aime bien les 2/3 premiers albums de FRONT 242 mais  on n’est pas trop « musique martiale ». On a juste un morceau par album qui sonne  un peu comme ça. Moi tu vois, j’ai beaucoup écouté  de Oi ! Et attention hein! Tu écris bien Oi !
Frédéric : Alors que moi, le coté treillis etc, ça m’intéresse pas plus que ça. L’intérêt du treillis, c’est qu’il permettait d’y glisser les baguettes.

Fabrice : Tu vois, Rammstein par exemple, ce côté un peu homme d’affaires qui fait de la musique. C’est pas vraiment du « total marginal » hein.

 

 

Et le fait d’avoir carte blanche pour la soirée de l’Antipode, ça se passe comment, Vous avez vraiment pu choisir qui vous vouliez ?

On a eu liberté totale du côté de chez Imperial (le tourneur).  J’aurais aimé Agent Side Grinder.  Mais on n’a pas voulu tomber dans la soirée cold wave totale. On est là dans du post punk ou du pré punk avec GIUDA. On s’est fait plaisir ; le DJ est un ami proche. Il passe de bons disques, il fait partie de la famille. Un peu comme Komplikation, on dort chez eux etc

 

J’ai été impressionnée, quand je vous ai vus à la Maroquinerie, par le nombre de « fans » que vous aviez. Visiblement, vous drainez un public qui vous est fidèle, c’est une chose dont vous avez conscience ça ? Par rapport à d’autres groupes ?

Fabrice : moi j’ai été fan aussi, de la Souris Déglinguée. C’est vrai qu’il y  a un truc qui se passe sur Frustration qui est spécial et qui rend même un peu jaloux les gens. J’aime bien ces gamins avec leur petits cols roulés, moi j’aime bien cette nouvelle vague de fans, ils sont  assez fiers de nous, ils nous tutoient assez rapidement.
Tu verras ce soir, y a de tout au niveau look. Au début, on a eu tellement peur de tomber dans le trip batcave… Mais, ils viennent plus trop. Maintenant, tu as aussi  les petits jeunes en petit slim, les hipsters comme on dit.
Il se passe quand même un truc de particulier pendant les concerts  de Frustration. Soit les gens détestent, soit c’est « WOW, j’ai jamais vu ça ».  On attire un peu de tous les genres mais  y a un genre de pacte de non agression.
FREDERIC : En revanche,  on a joué en prison avec CHEVEU et le public n’a pas aimé. A la fin on était épuisés, CHEVEU a eu plus de succès que nous. Mais quand même, y avait comme un consensus généralisé : on avait donné tout ce qu’on pouvait, et ça, les mecs, ils respectaient.
FABRICE : Oui, il y  a un truc qui est bien : les gens nous respectent, paraît qu’on est « un des secrets les mieux gardés du rock hexagonal ». Parce que tout ça, on le fait sans être en rotation sur les radios hein. Manoeuvre, par exemple, il ne nous aime pas, il croit qu’on est des FAF. Quelqu’un lui a dit qu’on était Oi!

 

Comment vous vous sentez évoluer en tant que groupe et dans votre musique ?

MARK (le batteur qui est entré entre temps) Le prochain album, on a progressé. Y a une évolution, musicale. FRED a pris beaucoup de place dans le groupe au clavier.
FABRICE : L’album  est dans la continuité des autres. Les thèmes, ce sont des  choses intimes, l’amour, l’amitié, la société aussi. Pour les paroles, je peux parler de tout, des filles. It’s gonna be the same, c’est un peu comme le chat avec Gabin et Signoret. Ils se sont aimés, ils se supportent plus. Je suis très bavard mais un peu pudique. Je parle pas de moi.
Je parle aussi des mecs qui font du fric, ces enculés là, qui mettent un couple à terre, il y a aussi des thèmes que les mecs souhaitent pas que j’aborde, je le fais pas.
Dans Assassination, je parle du fait que petit, j’arrivais pas à grimper à la corde à nœuds. Et de  ma haine du monde et de moi-même, c’était logique de devenir punk et post punk…

 

 Qu’est ce que vous vous souhaitez pour l’avenir, en tant que groupe ?

FRED et FABRICE : Je sais pas si j’ai envie de continuer, mais le premier qui dira qu’il faut s’arrêter, s’il a de bons arguments, j’arrêterai. Sortir un maxi en 2013, ce sera déjà pas mal. Chez nous, le plus jeune a 42 ans, le plus vieux presque 50 ans. Chaque fois qu’on sort un vinyle, je regarde le disque, les sillons et je me dis : c’est moi qui l’ai fait.
De toute façon, on ne dépend pas de ça. La musique nous fait vivre mais on n’en vit pas. Du coup, dès qu’on sent que ça tourne en rond, qu’on n’y croit plus, ou qu’on fait du Depardieu comme Depardieu, on arrête. On a commencé vieux, on va pas être aigres maintenant.
Ce qui se passe actuellement dépasse mes rêves les plus fous. Les gens d’Agent Side Grinder, la meuf d’Epoxies aiment bien notre boulot… Frustration a contribué à me faire plus comprendre du reste de la planète et  ça m’a mis en paix avec moi.
Mais y a qu’une chose qui compte : on veut continuer à se faire plaisir.

 

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