Numérique et culture : la nécessaire (r) évolution

Le 8 janvier 2013 par Disso

La Mission Lescure reçue par le Master Ecotic à Rennes (photo Rennes TV)

 

La mission Lescure effectuait le 7 et 8 novembre sa première sortie régionale à Rennes. Dans le cadre de la feuille de route rédigée par Aurélie Filippétti, il s’agit de réfléchir à l’évolution de la HADOPI, l’autorité en charge de la surveillance et de la sanction des pratiques illégales sur Internet, à partir d’une série de rencontres et de débat avec les acteurs de la culture au sens large : producteur, consommateur, diffuseur. La mission est périlleuse car le diagnostic sur la crise des industries de contenus ne fait pas consensus, les intérêts des acteurs sont divergents et surtout l’efficacité de l’HADOPI questionne le contribuable même si le budget de fonctionnement est en légère baisse (il s’établit à 9M € pour l’année 2013).

Dans le monde d’avant l’Internet, les choses étaient assez simples. Un créateur/artiste fabrique un bien culturel, un producteur peut l’accompagner financièrement puis développer son audience et enfin des distributeurs se chargent de l’acheminement au consommateur final. Mais le numérique bouleverse la chaine de valeur organisée autour de ces trois acteurs. Les artistes accèdent à des outils de production et de diffusion nouveaux. Ils peuvent développer eux-mêmes leur audience en ayant la liberté de leur tarification. Les consommateurs accèdent à des catalogues légaux mais surtout illégaux et développent un goût prononcé pour l’abondance et la gratuité. Les intermédiaires, producteur et distributeur, sont à la peine, se cherchent et ont même disparu sur certain marchés numériques (fusion des grands studios, disquaire, libraire ?). Pour s’adapter, il faut comprendre les usages en aval mais également les nouvelles logiques de production en amont.

Les travaux en économie numérique et les résultats obtenus au travers des enquêtes de l’observatoire Breton MARSOUIN  et en particulier dans le cadre du projet de recherche ADAUPI (Analyse des Décisions, Attitudes et Usages de Piratage sur Internet / 2011-2013) nous enseignent un certain nombre de résultats et de grands principes. Premièrement, les pirates ne sont pas toujours des radins, voire ils pourraient ne l’être que marginalement. En effet, ils peuvent accepter de dépenser pour de la culture mais l’offre légale répond mal à leurs attentes. L’offre légale pose des problèmes de disponibilité (des catalogues peu fournis ou verrouillés par des dispositifs techniques), des problèmes d’accès (une chronologie des médias qui impose un cycle de diffusion) et enfin s’adosse à des intermédiaires jugés parfois peu créateur de valeur ajoutée. Deuxièmement, la création n’est pas nécessairement en péril, bien au contraire, le numérique est porteur de créativité et c’est une formidable opportunité pour faire différemment et faire soi-même. La culture des Makers et du Do-It-Yourself, qui a souvent porté la création indépendante est en pleine résurgence. Ce mouvement est massif. La déconstruction punk est dorénavant à considérer avec un futur possible.
Ainsi, pour former une offre légale et pérenne il faut penser autrement.
Il faut penser à travers l’univers et non pas en terme de bien culturel. Autrement dit, il faut considérer que le bien culturel est un attribut de l’univers culturel. Il peut être gratuit. En revanche d’autres attributs peuvent être vendus, une expérience, un spectacle vivant, une interaction avec l’artiste. Diffuseur et producteur ont une place dans cette nouvelle organisation des échanges. Tout est à imaginer. Tout est à penser, autrement. A eux d’inventer.

PARETO35 (aka R.S.)

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