L’Indé-Dépendant

Le 15 octobre 2012 par Thomas

d'après une gravure de Charles Maurin

« Alors, t’as écouté le nouvel album de The XX ? »
« Non. Je suis passé à côté du premier, je me suis dit que j’allais continuer sur ma lancée. »
« Et le nouvel album des autres, là… tu sais… »
« Oui, je vois… non plus… »
« Et eux… avec la pochette, là… le gars photographié au flash sur un mur blanc…»
« Hm, hm, y’en a plein des comme ça… »
« Et… »

Etc.

On finit par en perdre sa libido. Et je dis ça, c’est encore sans compter les groupes autoproduits et leurs disques sous le manteau, au coin d’une ruelle peu fréquentée, sinon des irréductibles indé-dépendants :

« Psssst… t’en as ? »
« Ouais, de la fraîche… kütü folk… hyper indé. »
« Non non, ch’connais ça, t’as pas aut’ chose ? Un truc bien obscur… »
« Je vois… alors suis-moi, j’ai pas ça sur moi… ça craint si je me fais choper avec. Monte. »

Jusqu’où êtes-vous prêt à creuser, vous ?
Jusqu’au fond ?
Ça se tient.

Et vous y allez toujours jusqu’au coude, hein ? Malgré les années. Les doigts qui galopent, hop hop hop, les pochettes qui défilent dans le bac de disques, le bruit mat des albums qui s’empilent sur votre pelvis, collé au meuble (les concepteurs de mobilier commercial passent manifestement trop peu de temps dans les magasins de musique qu’ils aménagent… ou alors ils sont plus habiles que moi. Combien de disques j’ai pu faire tomber de leurs présentoirs pourris… plein – carrément plein).

« Râââââââ merde ! »
Les gros yeux du patron.
« Au lieu de me faire les gros yeux parce que je cherche un truc à vous acheter, vous ne voudriez pas plutôt m’indiquer où je peux trouver l’album de Sergio Mendoza Y La Orkestra ? C’est quand même un peu le merdier dans votre bouiboui, là.»

Il ne l’avait pas.
Alors là oui, quand il s’agit de gueuler que le chaland ne fait plus tintinnabuler l’irritante clochette qui pendouille lamentablement au-dessus de la porte d’entrée de son magasin, ou que les jeunes sont vraiment des cons, « mais regardez-moi ça ils téléchargent et ils écoutent leur daube sur leur portables c‘est pas comme ça qu’on va redresser la barre et comment ils récupèrent leur tune les artistes hein si on continue comme ça ? », là oui, y’a du monde en vitrine…

Je n’en sais rien, moi, comment ils vont récupérer leur tune. En proposant des albums corrects, pour commencer. The XX…

Prenez ZZ Top. Voilà quelque chose de rafraîchissant !
… du moins, au début ; papy à tendance à perdre le fil de sa pensée… passés trois ou quatre morceaux, c’est bouillabesque, quand même. Admettons-le. Même à regret. Il est gentil, papy, on l’adore, mais il perd un peu la boule 8. Il a été traîné ses guêtres à Mexicali, il s’est fait tatouer dans les arrière-boutiques de (viva) Las Vegas, taquiné de la queue chez les bikers… c’est le roi du riff et de la guitare-hélice, OK… mais venez me soutenir que Flyin’ High de La Futura groove sa grand-mère et je vous enferme dans La Grange avec Francine. Ça vous fera les pieds tendres.

Ou pour ceux qui se refusent toujours à mettre la main à la poche pour fourrer leur oseille dans les bourses du Grand Kapital, vous avez donc Sergio Mendoza Y La Orkestra. Tellement indé que vous ne le trouverez que dans une échoppe de Tucson, Arizona, États-Unis d’Amérique, Nouveau-Monde. Venez me chercher là-dessus.
Mais l’indé-dépendant est près à tout, hein ? Surtout quand on lui promet une nuit endiablée dans une boîte transfrontalière, où coulent la sueur et le mescal. Et inversement. Je vous reconnais bien là.
Alors affrétons un vol. Remboursé par la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet.

Ils nous doivent bien ça.

On se remémorera le concert de My Bloody Valentine à l’Ubu en 1989. Un 23 mars. Mais siiii… rappelle-toi… ils avaient commencé par Emptiness Inside. Et ils jouaient avec cet autre groupe, là… tu sais…

(tu le sais en plus… pas vrai ?)

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