Et un de moins…

Le 26 avril 2012 par Piedo

Il y a quelques temps, j’adressais une lettre à ma chère ville de Rennes, parce qu’elle me gonflait. Parce qu’elle ne semblait pas réaliser à quel point elle s’endormait, à quel point elle ronronnait.

Et, aujourd’hui, j’apprends au détour d’un statut facebook qu’un autre lieu de diffusion « alternatif » saute. Cette fois-ci, c’est le tour du Sambre, petit rade du centre-ville. Après avoir pris son lot d’emmerdes en décembre dernier, Thierry, le patron, se voit donc notifier une interdiction définitive d’organiser le moindre concert, vraisemblablement pour la tranquillité du voisinage.

Le motif ne relève vraisemblablement pas de l’injustice complète. Thierry, le patron, les associations et autres qui ont organisé des concerts là-bas, les groupes qui refusaient de modérer les décibels, les clients souvent bourrés et parfois bruyants, tous ont leur part de responsabilité. Clairement, certains concerts au Sambre tapaient fort et devaient évidemment fatiguer les voisins du rade. Ça serait un peu trop facile de reprocher aux gens leur envie de dormir tranquillement sans subir les basses du bar d’à côté.

Mais, comme d’habitude, on est là face à une décision autoritaire, qui vient d’en haut et qui n’offre aucune alternative, aucune porte de sortie, aucune solution de repli. Outre l’impact sur la trésorerie du bar (je ne vais pas épiloguer sur cette question, faute d’en connaître les tenants et les aboutissants), les conséquences sur la vie musicale rennaise sont évidentes. Même si Rennes sauve encore les apparences avec une liste pléthorique d’équipements culturels, elle parvient de moins en moins à masquer les tensions et les difficultés engendrées par la raréfaction des possibilités de diffusion alternative.

Pour parler clair : quand tu as un groupe ni complètement amateur, ni encore professionnel (voire un groupe qui n’envisage pas de le devenir, j’en connais plein) et que tu envisages de jouer en public, ça va devenir encore plus compliqué que ça ne l’était déjà. Concrètement, si tu n’arrives pas à intégrer la programmation des salles de concert, la seule solution qui existe, ce sont les rades. Les bars. Les bistrots. Les troquets. Bref, nos lieux de socialisation préférés. Et des bars qui acceptent les concerts de musique amplifié, il en existe de moins en moins.

La suite du mouvement est évidente : les autres bars qui acceptent encore les concerts vont voir affluer encore plus de groupes (inévitable loi de l’offre et de la demande). Ils seront donc encore plus exposés aux potentiels emmerdes de la musique amplifiée en milieu moite : clients bourrés et bruyants, basse et grosse caisse à toc, voisins mécontents, police à l’affût, interdictions administratives temporaires puis définitives, fermeture. Et le nombre de lieux de diffusion va continuer à baisser, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus ou presque.

Je ne sais pas si c’est ce que veut la Mairie. Bien entendu, on me répondra que la décision ne leur appartient pas, que c’est une responsabilité préfectorale. On ne m’ôtera toutefois pas de l’idée que cet état de fait arrange tout le monde…

Je ne sais pas si c’est, en définitive, ce que souhaitent les riverains du centre-ville. Certes, ça doit régulièrement être pénible d’habiter dans ce coin de Rennes, même si personne ne les y a obligés.

Je sais une seule chose : je suis musicien (amateur, à temps partiel et bassiste, pour situer), j’aime jouer en public et j’aime tout autant aller à des concerts. Et je déteste la perspective de plus en plus réelle, de plus en plus concrète, de voir ma ville s’endormir définitivement.

25 Commentaires sur “Et un de moins…”

  • pfff je croirais lire un article sur Lyon… c’est vraiment la merde pour faire du rock dans les grandes villes aujourd’hui.
    Ce que je ne comprend pas c’est les gens qui veulent être peinard et qui s’installent dans ces quartiers. Moi j’ai une famille, je veux dormir tranquille, j’ai pris un appart dans un quartier résidentiel où il y a zéro animation. Et pour la musique et la boisson je me déplace à la Croix Rousse, où on pouvait faire du bruit avant que ce soit envahit de bobos pleins de pognon…

    • Reg

      « j’ai pris un appart dans un quartier résidentiel où il y a zéro animation. Et pour la musique et la boisson je me déplace à la Croix Rousse, où on pouvait faire du bruit avant que ce soit envahit de bobos pleins de pognon… »

      Donc si je comprends bien, t’as du pognon tu te prends une baraque ou un appart’ peinard en périphérie pour te donner le luxe d’aller faire chier les pauvres quand tu veux sortir. Le problème arrive quand des cons de « pas-pauvres » viennent s’installer chez les pauvres avec les mêmes envies que toi qui a pris ton pavillon/appart en « périphérie ».

      La solution c’est le pauvres, quand on les emmerde ils ferment leur gueule.

      Nimby is not dead…

      • Theredbob

        De plus, je ne vois pas du tout ce que les notions de pauvre/riche viennent faire là-dedans, étant donné le centre-ville de Rennes. C’est plus une notion d’égoïsme, je pense.

        • Reg

          Je réagis à al réponse de Xavier, faisant référence au quartier de la Croix-Rousse à Lyon, ancien quartier populaire en cours (depuis quelques temps déjà) de gentrification.

      • c’est pas du tout une question de riche ou pauvre, le quartier ou je suis est bien moins cher que Croix Rousse… c’est une question d’étudiants fêtards et de familles qui veulent être peinardes. sauf que les étudiants sans trop de sous ils peuvent plus habiter la Croix Rousse maintenant…

    • andréasy

      Elle est bien bonne celle là ! ainsi les gens n’ont qu’à choisir un lieu non bruyant et tout rentre dans l’ordre ??? Et sans doute, ceux qui sont déjà installés n’ont qu’à déménager ? Il n’y a pas longtemps ma voiture rouge a été rayée, les gendarmes m’ont préconisé de choisir une voiture d’une autre couleur. Il y a un crime dans votre quartier ? Vous n’avez qu’à aller dans un quartier moins turbulent ? C’est du grand n’importe quoi mais c’est aussi la logique d’une certaine classe : « Que les pauvres restent à se trucider entre eux en banlieue chez les sauvageons, nous nous choisissons les quartiers résidentiels (ceux qui abritent les civilisés). Mentalité pourrie !
      Evidemment il ne vous vient pas à l’idée que lorsque l’on veut ouvrir un établissement bruyant, on peut éviter les endroits ou des gens qui travaillent ont le droit de dormir normalement.

  • Cathy

    J’ai rien compris à ce que t’as dit Yann mais j’ai compté deux apostrophes.

  • Yann

    Délicieuse Cathy, .ah que.. je t aime 😉 tu relèves à bon escient mon apunktuation et de ce fait , gagnes une virgule gratuite, pour le reste,veux tu que je te prêtes ma collection du journal de mickey pour finir de les colorier ? .

  • Piedo

    Yann, puisque le propos de ton premier commentaire était simplement de faire des jeux de mots sur mon nom de famille, des vannes sur la musique que je fais ou d’interroger ma propension au narcissisme et puisque tout ça n’a rien à voir avec le post initial, tu comprendras que je l’ai viré.

    Et puisque tu sembles si bien me connaître et que visiblement, je te pose des problèmes, le mieux sera que tu viennes m’en parler en vrai, au bistrot par exemple, sans se planquer derrière un pseudo et/ou une fausse adresse mail.

  • Claire Guégan

    en sont temps la ville de saint malo a vu les musiciens de rue disparaitre , cela dérangeais les voisins, je regrettes ce temps ou on pouvais s’exprimer

  • marion

    Et on peut faire quoi alors pour changer cet état d’esprit, que j’appellerais embourgeoisement auditif, des rennais du centre ville? Parce que ça fait très très longtemps que l’on glisse doucement mais confortablement vers une perte total de l’âme de rennes…

    • Piedo

      Je n’en ai pas la moindre idée. Et c’est clair que si tout le monde s’accorde sur le constat que tu fais, personne (moi le premier) ne semble prendre d’initiative pour, enfin, faire quelque chose de constructif.

  • Molly's

    Je tombe un peu par hasard sur cet article, et j’apprends avec une certaine tristesse la fermeture du Sambre, ou j’ai eu la chance de jouer a plusieurs reprises avec mon groupe, Molly’s. Triste nouvelle pour Thierry qui est un super mec, mais aussi pour les rennais qui avaient là un lieu alternatif idéal et très représentatif de l’état d’esprit qui règne dans cette ville. Rennes est une ville a part, et même si je n y vais que trop rarement j’espère qu elle le restera. Mes amitiés à Thierry, aux groupes et assos de Rennes et à la personne qui a publié cet article qui m’a touché et que je ferai suivre au mieux.

    Benoit

    • LN

      On ne parle pas encore de fermeture. Il ne s’agit pour l’instant « que » de la fin des concerts (si j’ai bien tout compris).

      • Simon

        Malheureusement, l’interdiction des concerts s’accompagne d’une convocation au commissariat, qui ne pourra que déboucher sur une énième fermeture administrative… Pas de concert, et plusieurs semaines de fermeture, c’est globalement équivalent à une fermeture inéluctable ….

    • Piedo

      Comme le dit LN, le bar n’est pas fermé. Simplement, il ne sera plus possible d’y organiser des concerts…

  • HArold

    Je rajoute que l’elabo va virer, c’etait la définition même de la scène alternative.

  • Adeline

    Bonsoir

    Très bon article !
    En tout cas, on m’avait toujours parlé de rennes avec ces cafés-concerts, de rennes vivant des b

  • Adeline

    (je finit)

    des bars de nuit qui fermaient à 5h mes grandes sœurs (de 35 ans et 30 ans qui ont fait leurs études à rennes) m’ont fait rêvé d’un rennes qui n’existe plus !

    moi qui est 25 ans qui habite sur rennes depuis 1 ans maintenant est déçue à ce niveau la !

    Rennes va devenir comme certains quartiers de St Malo embourgeoisé cela serait vraiment dommage !

    La Malouine vous salut !

  • Renaud

    Le Sambre prends entre 3 et 6 mois de fermeture administrative (cf. la page FB du bar). Le BarHic avait pris 15 jours. Et dans beaucoup d’autres bars, les concerts sont interdits. La décision de « durcir le ton » à été prise par la sous-préfecture de Saint-Malo fin octobre dernier, et les premiers concerts interdits début novembre (le Barock, Lulu Berlue etc..) à Rennes, mais aussi dans de nombreuses villes (fermeture de la chimère à Lille, mêmes problèmes à Lyon etc..)
    Sale temps pour la culture…

  • Baptiste

    Pour habiter au dessus du Sambre, 4em étage, je confirme que le bruit était parfois pénible, en général du jeudi au samedi. Le vrai désagrément étant les mecs bourrés entre 1 heure 30 et 3 heure qui s’amusent à taper dans les poubelles.
    Pour la fermeture, elle est basée sur une plainte du voisinage avec mesure sonore à la clé, épilogue d’une longue série d’emmerdes téléguidées par la mairie. Pour continuer à faire tourner les groupes, de lourds travaux d’isolation sont nécessaires…
    Vraiment dommage car j’aime bien prendre ma bière de temps en temps au Sambre et assister à des concerts qui font bien suer !

  • Theredbob

    Personnellement, j’habite à 50m du Sambre depuis 2 ans, et cette interdiction n’est vraiment pas justifiée! Le bruit venant de ce bar n’est en aucun cas une gène réelle pour dormir, la preuve, je n’ai que du simple vitrage !!!
    Je pense qu’on retrouve surtout ici un calcul politique de la part de la mairie/préfecture: sachant que les propriétaires d’anciens bâtiments du centre ville se sont vus obligé par un arrêté de rénover (suite aux incidents des logements situés au sud de l’opéra), on utilise 2/3 plaintes de personnes qui ont été réveillées (ohlala, la terrible injustice!) et on créé ainsi un environnement stable pour pouvoir loger un nouveau type de clientèle pour un nouveau type de loyers !
    C’est si beau et ingénieux! Si au moins, ils pouvaient être franc…

Trackbacks & Pings

  • KulZik #mai 2012 | D L F says:

    […] La bonne affaire… Les concerts se faisant rares à Rennes (fin de saison dans les SMAC, fermeture des bars-concerts… j’en passe et des meilleures ! ), va donc cultiver tes neurones entre Kultur et […]

  • RETOUR SUR : LESCOP @ LE SAMBRE « LE MOTEL says:

    […] de 3 à 6 mois pour nuisances sonores fin avril (voir le manifeste de Piedo sur le site DLF), l’établissement était tout de même autorisé à contenter nos oreilles en cette fin de […]

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