Assez d’essais

Le 25 avril 2012 par Stf

Arriver dans une équipe bien rodée et bien soudée n’est jamais chose facile (c’est fou ce que le mélange bière(s) / saucisson, savamment et généreusement dosé peut s’avérer être un puissant ciment… A l’heure des constructions écologiques et renouvelables, il est même troublant que personne ne se soit sérieusement penché sur la question). Il convenait donc d’innover et de créer une rubrique totalement nouvelle (au moins vue de Derrière La Fenêtre).

Ainsi donc, je ne vous abreuverai pas de pensées profondes sur tel ou tel album, sur les qualités artistiques comparées de Nick Drake et de Metallica, non. J’espère vous instruire scientifiquement au travers d’une rubrique que n’aurait pas reniée Michel Chevalet (le maître du Comment ça marche ?) mais consacrée exclusivement, tout de même, à la musique.

Pour faire vite, j’aimerais vous expliquer, à grands coups d’approximations, d’excès de mauvaise-foi et de jugements très personnels et carrément à l’emporte-pièce comment, par exemple, l’on est passé de ça :

 

… à ça :

(enfin, en gros…)

 

Avant d’attaquer le détail des différents effets électrico-électroniques généralement utilisés dans la musique dite « amplifiée » (on verra ça plus tard, dans d’autres billets à venir), il me semble nécessaire de commencer par les bases et faire un peu d’histoire… Si effectivement on a pu un jour passer de la guitare acoustique (promis, juré, pas de nouvelle vidéo de ménestrel) à la guitare électrique (idem, le death metal, agréable et sautillant au lever, peut s’avérer fatigant voire irritant le soir venu) c’est bien grâce à la radio d’un côté et au jazz de l’autre.

La radio en grand développement au début du XXe siècle, avait permis le développement des micros (utiles pour enregistrer ou diffuser la voix ou divers sons) et les appareils de réception (le « poste radio ») capables de capter et d’amplifier les signaux transmis par ondes courtes, longues, moyennes, en l’état, on s’en cogne, ça n’est pas bien important pour la suite. Quoi qu’il en soit, les plus attentifs d’entre-vous auront déjà remarqué le verbe « amplifier », de là à parler d’amplificateur et à imaginer un mur d’amplis Marshall fumant et vibrant, il n’y a qu’un pas !

Finissons-en rapidement sur la partie « ampli » donc, généralement constituée d’un pré-ampli et d’un ampli, mais ça, on ne vous le dit pas chez le marchand. Le pré-ampli, permet, en gros, d’ajuster le signal d’entrée (les ondes radios, la voix recueillie par un micro…) en intensité et pourquoi pas d’opérer certains réglages (moins d’aigus, plus de grave, Turbo-bass Boost, 3D FX surround 2000 – mais je m’égare) et va donc ensuite envoyer ce signal (électrique, je vous avais pas dit ?) vers l’amplificateur qui lui, bêtement va, je vous le donne en mille, 500 que vous ne trouvez pas… l’am-pli-fier ! C’est à dire lui donner suffisamment de puissance pour faire bouger les membranes des hauts parleur qui feront à leur tout vibrer l’air jusqu’à vos délicats tympans qui transmettront l’information à votre cerveau qui vous dira alors que si c’était pour écouter ça :

… franchement, ça valait pas forcément le coup de se casser la nénette ! (Et ne vous plaignez pas, j’aurais pu vous coller René la taupe, comme ça, par pure cruauté)

 

Bon, bref, pour la partie amplification, c’est fait.

Reste à y brancher une guitare qui, il y a peu encore, était donc parfaitement pas électrique du tout et c’était bien là tout son problème. Je vous parlais de jazz tout à l’heure, je préciserai donc « big band », avec batterie, contrebasse, cuivres tonitruants et au milieu de tout ça, un malheureux guitariste s’escrimant sur sa guitare acoustique pour se faire entendre au milieu de ce bazar.

 

Forcément, le micro existant, l’amplificateur existant, il suffisait donc de « sonoriser » la guitare et d’amplifier son signal. C’est encombrant, cher, peu fiable, le micro amplifie aussi au passage la trompette d’à côté et le facétieux trombone qui passe… Bazar ! Nouvelle idée en conséquence, on miniaturise un tant soit peu le micro que l’on place directement dans la guitare… Catastrophe, c’est affreux, inaudible (et ça le restera bien longtemps jusqu’à de très récentes innovations).

Bingo, un Suisso-Néo-Californien, Adolph Rickenbaker va commercialiser la première guitare électrique en 1931. S’il n’est pas forcément l’inventeur du micro magnétique (qui ne capte plus une vibration de l’air mais les variations magnétiques induites par les cordes de l’instrument dont on joue), il est donc le premier à le mettre sur le marché. Succès immédiat ! Ces micros sont petits et discrets (des petites barrettes magnétiques qui se placent sous les cordes) et restituent un son agréable, facile à amplifier : l’histoire est en marche !

Les grandes marques encore en activité de nos jours (Gibson en tête) commercialisent dans la foulée des guitares « acoustiques » dotées de ces fameux micros. Reste un souci : à fort volume, la caisse de l’instrument entre en résonance avec le son de l’ampli et produit un magnifique feedback. Quelques années plus tard, on le cherchera ce feedback, mais à l’heure des big bands de swing ou des orchestres de country, c’était parfaitement déplacé.

La « révolution » suivante sera une nouvelle fois américaine. Dans les années 40 des luthiers amateurs vont construire des guitares pleines. On conserve un manche classique, des cordes métalliques mais au lieu de fixer l’ensemble sur une caisse de résonance, on le fixe sur un morceau de bois plein sur lequel on fixe les cordes et le fameux micro. Le concept s’affine et un certain Paul Bigsby (qui fera fortune avec son trémolo du même nom) en construit une pour le guitariste country Merle Travis.

 (Désolé, pas de guitare « pleine » sur cette vidéo enregistrée quelques années trop tôt).

C’est le petit Léo Fender qui popularisera dans la foulée ce concept de guitare solid-body en 1950 avec sa Broadcaster qui deviendra rapidement Telecaster pour de sombres histoires de droits et qui transformera l’essai avec la première guitare basse, la Precision Bass (en 1951).

Le rock est né. Ou, du moins, ses outils sont là. Fêtons ça avec une petite vidéo de circonstance !

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