Alexander Tucker, électro-christique

Le 20 avril 2012 par Ungeird

Alexander Tucker, ce n’est pas le type avec son violoncelle, qu’on imagine tranquillement installé dans une cabane, entouré d’oiseaux empaillés et de bouteilles d’eau-de-vie. Non, le Tucker que j’ai vu aux Transmusicales, au fond du Hall 4 hanté de gens entre le coma éthylique et une transe qui ne dit pas son nom, il était tout autre.

Ce Tucker, c’était un mystique électronique : un type debout derrière un empilement de machines électroniques, qui te balance tous les décibels qu’il a sous le coude, tout en te récitant des psaumes que lui seul comprend. Car oui, Alexander Tucker est en mission divine. Il a sûrement quelque chose d’extrêmement intéressant à te raconter sur la métaphysique des étoiles, mais toi, tu n’entends que la grosse bouillie de son électronique qu’il t’envoie en pleine face.

Sur ses albums, tu as pu apprécier ses miaulements délicats et la suave mélancolie de ses violoncelles, qui cherchent à te faire comprendre que le brin d’herbe qui se courbe sous le vent au milieu de nulle part a plus d’importance que ta petite vie au milieu du béton. Alexander s’était entouré de mélodies folks qui vont bien et avait même sorti pour l’occasion quelques références païennes, sans toutefois égaler la profondeur culturelle des pères de la neofolk qui eux, exercent tranquillement sur leurs tabourets de bois depuis plus de trente ans.

Sur scène, Tucker est noyé sous sa tignasse ondulée et propre. Il porte une chemise à carreaux bien repassée et bredouille une litanie de trucs qui ont l’air important, avec sa voix claire et convaincue. Tout autour de lui résonne un son fort et psyché, vaguement crassou, qui pousse lentement le public dans une torpeur collective. À gauche, une fille tressaute mollement sur un rythme qui lui est propre, les yeux perdus dans ses Converse. À droite, trois adolescents jouent à saute-mouton au-dessus d’un homme qui se roule péniblement dans son ivresse. Partout, les gens s’assoient et méditent, assommés par le son puissant et les relents de bière à pas cher.

Alexander flotte au-dessus de nous. Je crois qu’il ne nous voit pas, il a ses cheveux dans les yeux.


Alexander Tucker et un lapin de dos sur Youtube (Album Third Mouth en 2012)

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