Le rock est-il soluble dans l’alcool?

Le 12 avril 2012 par Disso

Petit article empreint de mauvaise foi, d’approximations et de théories tendancieuses.

 

Le cidre. A tout seigneur, tout honneur, le cidre est la boisson des rois à défaut d’être la boisson reine. Oui, parfaitement ! Cependant, soyons honnêtes, passées les frontières de notre révérée mère patrie, Breizh Ma Bro, le cidre n’est guère connu des amateurs de musique, et encore moins servi. Il faudra donc se rendre à l’Antipode, aux Transmusicales ou au fest-noz pour trouver ce délicieux nectar de nos contrées humides (je dis ça parce que j’inclus la Normandie dedans, sinon, en Bretagne, il ne pleut jamais).

La boisson : presque toujours sous sa forme bio ou artisanale genre « j’ai dégoté un petit producteur local qui fait un cidre artisanal, tu m’en diras des nouvelles ». Il est LA caution environnementale, écolo, bobo, hipster mais pas trop. Évidemment, il est toujours brut. Il n’existe pas d’autre cidre que brut comme il n’existe pas d’autre beurre que salé.

La musique : le buveur de cidre n’est pas contrariant, il écoute de tout, il aime un peu la folk, un peu l’electro, un peu le rock mais curieusement assez peu le trad celtique. Il faut aux amateurs de trad des breuvages souvent plus forts.

Le buveur : je pense que vous l’aurez déjà compris. Le buveur de cidre est une couille molle. Il veut boire de l’alcool pour le côté festif mais surtout ne pas risquer d’être ivre. Il refuse de se lâcher totalement, de perdre le contrôle. Il prend les apparences de la fête la plus débridée, alors qu’au fond, si on le laissait faire, un bon coca….. Exemple : « Ouh la, non, non, pas un autre,  je suis déjà complètement pompette ». Disso après deux verres de cidre.

 

Route du rock - Photo Lisenn

La bière. La bière est le breuvage phare de tout festival et concert qui se respecte. Elle nourrit le festivalier qui lui prête toutes les vertus, ce serait ainsi un élément parfait puisque équilibré grâce au houblon qu’elle contient et qui permet d’atteindre, après quelques demis, sa ration de fruits et légumes quotidiens. Elle coule à flot, évidemment, le stress ultime du festivalier horrifié étant l’annonce d’un « y a plus de bière dans les fûts », c’est alors un peu la Bérésina, la retraite de Russie, l’apocalypse et Armageddon sur le houblon.

La boisson. Les rumeurs les plus folles courent sur la bière de festival. Ça commence par le mythique « la bière est coupée à l’eau »,  rumeur démentie tous les ans par les festivals eux-mêmes mais relancée l’année suivante par les festivaliers. Attention, s’il y a de l’eau dans ta bière à la route du rock, c’est normal, c’est que tu ne l’as pas assez bien protégée avec ton K-Way pendant qu’il pleuvait. La bière fétiche en France commence par un K (en rouge ou en vert) mais je me suis laissée dire qu’outre Quiévrain, le goût biturique portait les amateurs vers d’autres breuvages moins connus ici comme la Jupiler.

La musique : TOUT. C’est simple la bière se prête à toutes les sortes de musique y compris la trad celtique, on peut toutefois émettre une légère réserve quant à la musique classique et sa compatibilité bièreuse (si, si, ça se dit) (non? tant pis alors).

Le buveur : aucun critère physique particulier mais on repère le buveur de bière à son comportement :  chez les hommes, une légère tendance à s’aligner côte à côte devant une vasque antique ou dans la nature sous les chênes pour une cérémonie mystique à laquelle nous autres femmes ne comprenons souvent pas grand chose. Les femmes, quant à elles, préféreront s’aligner en file indienne devant une porte close et entamer une sorte de danse rituelle constituant en un dandinement permanent d’un pied sur l’autre.

 

Les cocktails. J’ai hésité à mettre les cocktails ici, tellement le genre est décrié par les amateurs de concerts.

La boisson : Le buveur a suffisamment conscience de sa déchéance quand il prend un cocktail pour éviter de se lancer dans des figures supra compliquées que seul le barman du Ritz saurait exécuter. Il s’en tient donc en général au cocktail mode du moment : mojito, caipirinha voire pour les plus anciens rhum/coca qui leur rappelle leur folle jeunesse eighties.

La musique : Ou bien la musique est très mauvaise et le buveur cherche dans des boissons complexes et sucrées une compensation pour ses papilles à ce que ses oreilles subissent. Ou alors, c’est une soirée electro un peu chic, genre parisienne, genre y a des sous ou genre on veut faire croire qu’il y a des sous.

Le buveur : Ici, le buveur est souvent une buveuse à l’air évaporé, vêtue des pieds à la tête chez Kouppple, elle sirote distraitement en tournicotant sa paille dans sa bouche, glousse avec ses copines, jette un coup d’oeil au beau mec qui s’est assis pas loin d’elle, rit un peu plus fort et sort son iphone pour envoyer en douce sur FB et version instagrammée, la photo du bogosse vers qui elle coule des regards plus chargés en hormones que ceux d’un singe en rut devant une banane.

Phantom Band (photo Froggy's delight)

 

Le whisky. Ok, on attaque du solide, des hauteurs où peu d’entre nous peuvent encore suivre.

La boisson : il s’agit presque toujours du sponsor du festival ou du concert, qui réservera aux VIP ces délices de Capoue maltées et aux saveurs de tourbe prononcées (ou au goût de punaise, disait ma grand-mère).  La vérité m’oblige à dire que c’est rarement, à ce que j’en sais, de l’excellent whisky. Foin de single malt à l’eau pure des sources écossaises, il s’agirait plutôt de marques bien connues des supermarchés, au coût modéré et au goût très certainement modéré aussi. Un peu le Bayrou du whisky, en quelque sorte.

La musique : Rock, rock et rock. Seuls les vrais amateurs de rock savent se pinter avec élégance au whisky. Rock psyché, garage, punk, tout est bon, à condition que ce soit rock.

Le buveur : Soit, c’est l’artiste lui-même, en scène, directement à même le goulot, soit c’est le mec dans le public qui a roulé sa bosse, trente ans d’âge minimum, air un peu blasé et revenu de tout. Le buveur de whisky n’est pas là pour rigoler. Pour pour la musique comme pour la boisson, il lui faut du lourd, du mâle, du viril.

 

La vodka. ( водка )

La boisson : Peu importe la marque, ce qui compte, c’est l’ivresse  des cimes de l’éthylotest.

La musique : Pop ou electro, n’importe quoi du moment que ça puisse faire bruit de fond. Certains associations sont impensables, par exemple, trad et vodka, ou encore musique brésilienne et vodka. La musique peut être aussi prétexte à un quiz : tu devines, tu gagnes, tu bois. Le jeu est très prisé des bars mais encore plus de certains buveurs dont l’ivresse peut alors être mise sur le compte d’une immense culture musicale : « Ouais mais nan, c’est pas ma faute, je connaissais toutes les réponses au quiz, alors forcément… »

Le buveur : fille ou garçon mais jeune, le buveur a moins de 30 ans. Il loge souvent au camping du festival et est devenu expert dans l’art de passer la vodka en douce, dans des poches à glaçons, dans des fonds de paquets gâteaux, dans les sous-vêtements pour les plus audacieux. Le buveur est adorable, fait pipi sur la tente du voisin, va dormir dans celle d’un inconnu et ne se souvient absolument plus au bout de trois jours de ce qu’il a pu faire, mais ce qui est sûr, c’est que c’était génial! On y retourne l’an prochain, hein, promis? On retrouvera la fille là, comment elle s’appelait? Mais si, elle venait de Belgique ou alors, c’était d’Issoudun?

Le champagne. Nous on connait pas à DLF, on sait pas. On a déjà le cidre, c’est notre champagne à nous.

4 Commentaires sur “Le rock est-il soluble dans l’alcool?”

  • Cosmik Rodjeur

    Je continuerai à prétendre que la bière de la Route du Rock est coupée à l’eau. C’est en tous cas un bon sujet de discussion devant les stands sur le mode  » à nous on nous la fait pas hein « .

    Sinon bonne étude socioalcologique. Bravo : )

  • Ju'Ho'

    Allons bon…. il faut donc que je te montre cette photo de ma pomme aka Tataju à la Route du rock, la jambe dans le plâtre et la coupe de champagne à la main !

  • Manu

    Au festival « chauffer dans la noirceur », un excellent cidre st ses produits dérivés sont a disposition. Un excellent souvenir ! Une barquette de bulots mayonnaise en écoutant Public Enemy c’est nulle part ailleurs !

  • Et la vinasse ? le rouge , le rosé et le païen blanc ?

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