S / S / S – Beak & Claws : magistral ratage

Le 23 mars 2012 par Piedo


Fin février, l’annonce d’un EP à sortir réunissant Sufjan Stevens, Son Lux et Serengeti m’avait plongé dans des affres d’impatience. Je ne connais pas bien, voire pas du tout en fait, le rappeur Serengeti. Mais les deux autres étant à l’origine de mes plus beaux bouleversements musicaux de ces derniers temps, je me suis mis à rêver à un album réunissant la fièvre créatrice de Sufjan Stevens, la puissance émotionnelle de Son Lux et la folie douce (ou pas) qui porte ces deux génies.

Et puis, enfin, Beak & Claws, le premier EP de ce projet intitulé S / S / S a fini par sortir. Et là, le drame. Dès la première chanson, Museum Day, qui attaque bille en tête avec la voix de Sujan Stevens vocodée jusqu’à l’os, on comprend que ça va pas être facile. On retrouve évidemment les ambiances que Sufjan Stevens a développées dans The Age Of Adz. On entend également la finesse de Son Lux. Le flow sombre et lent de Serengeti est assez classe. Sauf que ça ne fonctionne pas. L’addition des trois musiciens ne se sublime jamais, tout ça tourne en rond avec la légereté d’un mille-feuille industriel.

C’est même pas décevant. C’est en fait extrêmement frustrant. La réunion des petits génies pour un projet commun aurait du déboucher sur quelque chose d’enthousiasmant, de novateur ou, pour le moins, de vraiment clivant. Comme l’a été The Age Of Adz qui n’a laissé personne indifférent. Même le featuring de Shara Worden (aka My Brightest Diamond) n’améliore en rien l’histoire, bien au contraire, puisque ça alourdit encore un peu un ensemble déjà salement indigeste. La seule écoute d’Octomom, le quatrième et dernier morceau de ce disque, avec ses lignes de guimbarde, ses samples d’harmonica, ses sons 8 bits et cette espèce de caisse claire qui donne envie de se taper la tête contre un mur ou de torturer un chaton suffit à se convaincre que ce foirage est vraiment magistral. Si certains passages sont plutôt beaux et laissent présumer du meilleur (la boucle mélodique qui introduit Beyond Any Doubt), ils sont systématiquement saccagés, comme si le projet était vraiment de s’acharner à faire du lourd, du laid, du pesant, de l’ampoulé.

Au moins, maintenant, une chose est certaine : c’est pas en empilant les musiciens de génie que tu sors un disque de qualité. Au contraire. A l’écoute de ce EP, on se prend à rêver d’une collaboration qui leur impose un cadre, une ligne directrice. Plutôt que de voir Sufjan Stevens ou Son Lux faire n’importe quoi, additionner les boucles électroniques, les samples à la con, les effets vocaux et les beats d’un cheap effarant, on aimerait les voir soustraire, tendre vers la simplicité et l’épure. Et retrouver un peu de beauté au milieu de tout ce bordel.

S / S / S – Beak & Claws est disponible chez Anticon.

5 Commentaires sur “S / S / S – Beak & Claws : magistral ratage”

  • alban

    ha ouais quand même…
    t’as du sursauter aux première notes nan? ca fait un peu l’effet des videéo youtube quand t’as la pub qui démarre au lieu de la vid que t’attends

    • Piedo

      C’est un peu ça. Et à mesure que le truc avance, t’as presque envie de chialer devant la taille de l’occasion manquée.

  • setha

    ça va faire fureur chez les danseurs de hip hop experimental.

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