M83, de Marineland à Disneyland

Le 9 décembre 2011 par Virginielasnob

M83, Paris, 30 novembre 2011

Je n’arrive pas à me souvenir exactement de la façon dont j’ai connu M83 mais il est probable que ce soit mon frère (fan de techno avec qui j’avais jusque là en goût commun uniquement les Sundays, My Bloody Valentine et Atari Teenage Riot) qui m’ait demandé si je connaissais et m’ait dit que ça me plairait. En général, quand on me dit « écoute ça devrait te plaire », ça ne me plaît pas : j’aime les Tindersticks mais pas Nick Cave. Y a rien à faire, ce n’est pas automatique. Pour le coup, il avait raison le bougre (les liens du sang, c’est fou), ce fut le coup de foudre : un sentiment de familiarité qui m’a choquée vu que les deux petits gars de ce groupe étaient français… Et moi jusqu’ici, pour me convaincre, il fallait venir d’une contrée exotique genre Sheffield ou Manchester, pas une ville de vieux avec un parc à thème marin avec des dauphins et des orques (oui, c’est tout ce que représente pour moi Antibes…). J’ai donc essayé de comprendre pourquoi eux me faisaient cet effet-là : je crois que malgré la différence d’âge, on a dû biberonner à la même musique (des tubes de Depeche Mode à My Bloody Valentine), avoir des fantasmes d’Amérique, passer l’adolescence à rêver d’ailleurs (chez moi, il n’y avait pas de dauphins mais des vaches et des betteraves). La grosse différence est qu’eux avaient l’imagination et le talent de traduire tout ça en musique.
J’ai débarqué en route avec le deuxième album « Dead cities, red seas & lost ghosts » ; on y entend déjà cet amour des vieux sons 80’s très premier degré, qui donne de cette époque qu’ils ne connaissent pourtant qu’à travers le regard des autres, une image étrangement bien retranscrite. Comment font-ils ?! Et cette mélancolie qui partout affleure… Run into flowers fut un choc violent.

La découverte en live ne fut pas une déception, ils étaient tendus, nerveux, muets, intenses. Des petits jeunes français venaient de me coller une claque, je n’étais pas habituée. Puis, il y eu la scission et Anthony Gonzalez resta le seul maître à bord, restait à voir ce que cela impliquait dans la suite des évènements : quand le troisième album « Before the dawn heals us » est arrivé, il repoussait encore les limites du possible. Mais qu’est-ce que c’est que ce son gigantesque et pourquoi est-ce aussi totalement bouleversant ?

Anthony avait donc assouvi son fantasme californien, il était passé au format XXL, s’était mis à chanter, avait des chœurs et pourtant, il restait ce même adolescent la tête dans les nuages qui balance des beats derrière son synthé. Le succès lui tournait le dos en France, les dates de concerts s’enchainaient aux USA. Je guettais frénétiquement les dates chez nous mais rien. Colère et frustration. Un disque ambient bricolé à la maison, puis « Saturdays = Youth » qui part encore plus dans la pop, le succès est de plus en plus près et enfin il y a des dates en France mais les salles ne se remplissent pas. Au festival BBMIX de l’automne 2008, la tension sur scène restait palpable, le garçon était encore plus habité qu’avant par sa musique qui pourtant est de plus en plus pop.

Dernière étape en date, le gargantuesque “Hurry up, we’re dreaming”, j’avoue que même deux mois après la sortie, je ne suis pas sûre d’avoir fait le tour de ce double album. Visiblement, Anthony a trouvé sa place dans le grandiloquent mais attention à ne pas tomber dans le pompier quand même. Le live du 30 novembre à la Gaîté Lyrique m’a laissée sur ma faim, trop de morceaux de cet opus encore mal connu et à peine quelques morceaux des deux albums précédents, plus rien des autres. Il est beaucoup plus à l’aise sur scène, plaisante sur l’éventuelle présence de Jean Roch et Cathy Guetta dans la foule, il a désormais des tatouages et titille la foule de hipsters venus l’applaudir. Il y a pas mal de problèmes techniques et il avoue avoir un peu bu pour échapper à la nervosité avant de monter sur scène. La rançon d’une gloire enfin méritée à la maison ?

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