BRETON ou le règne de la capuche

Le 3 décembre 2011 par Ungeird

C’est avec le cœur léger et l’oreille vierge que je me suis rendu au hall 9 pour écouter Breton, le groupe dont on m’avait dit que j’allais voir ce que j’allais en voir, nom d’une pipe. Avec de telles louanges provenant des rumeurs du web et de comparses bien plus calés que moi en matière d’électro-pop, je me devais donc d’aller écouter ces jeunes loups d’outre-Manche.

cc/Kasper/flickr

Il est dix heures moins le quart (oui c’est tôt) et le hall n’est pas très rempli, probablement parce que le gros du public est allé s’entasser dans le hall 3 pour assister au concert des jeunes norvégiens un peu con-con de Kakkmaddafakka. On me rétorquera qu’ils sont frais et bon enfant, mais ils n’ont tout de même pas inventé le fil à couper le pâté de renne et n’empêche, si le hall 9 n’est pas très rempli, c’est un peu de leur faute.

Breton est donc sur scène et je regrette de ne pas avoir apporté mes Ray-Ban, puisque si la lumière est jolie et bien exploitée, elle est parfois très vive, à coup de grands flashs dans la gueule qui finiront par te faire avouer un attentat ou ton code de carte bleue.

Autant que le son, c’est la lumière que Breton fait parler et pas uniquement par les projecteurs : c’est avant tout la vidéo qui attire l’œil, à base de petits clips créés par le collectif de réalisateurs BretonLabs. On distingue derrière le groupe des plans tournés dans le labo de BretonLabs, dans le métro, mais surtout dans les estates du sud de Londres, ce qui rappelle une imagerie déjà bien exploitée dans les productions de Gary Love ou Daniel Barber.

En parlant du sud de Londres, les tenues de scène de Breton peuvent piquer un peu l’orgueil des plus franchouillards dans le public. Chaque membre du groupe arbore un hoody, la capuche relevée sur la tête pendant les trois quart du concert. Ça a un côté un peu poseur et légèrement jean-foutre, mais on peut aussi y voir un clin d’œil aux estates et à leurs chavs (la casquette Burberry en moins), voire aux émeutiers de l’été londonien (mais pour ça il faut avoir la conscience politique d’un abonné de Télérama).

Les membres filiformes de Breton s’agitent sur scène, devant le micro et les instruments, avec une énergie contagieuse. Rapidement, c’est tout le hall 9 qui se laisse prendre par le rythme des titres qui s’enchaînent sans accro, les têtes se balancent, les épaules frémissent, les ménisques s’agitent. La prestation est à l’évidence une réussite, peut-être même un peu trop. La mécanique de Breton est très bien huilée, très pro, au point qu’on finit par se demander si le groupe ne pourrait pas reproduire ce concert à l’infini, sans même tirer la langue.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit; j’ai aimé ce concert, Breton c’est vraiment bien. Le risque est simplement qu’ils se voient coller trop rapidement le qualificatif proto-musical qui pullule sur les web-critiques à bas coût : efficace. Ce mot facile qui naît sur les bouches dans les conversations de concert en mode j’entends-rien :

– T’en penses quoi, c’est efficace hein ?!
– Ouais, trop !

S’il vous plaît Breton, ne devenez pas trop vite trop efficaces.

Vous pouvez jeter un œil au concert de Breton sur le site des gens charmants d’Arte Live : Breton aux Trans Musicales de Rennes.

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