Paris Montparnasse – Voie 4

Le 29 novembre 2011 par AmETlie

Rennes, je n’y vis plus. Depuis 8 ans, 4 mois et 23 jours. Mais Piedo nous dira que l’on ne quitte jamais vraiment cette ville et je dois bien admettre qu’il a raison: à mon corps défendant, lorsque je fuis Paris c’est pour « rentrer à Rennes » au lieu de simplement y aller.

J’avais donc 18 ans lorsque j’ai mis les voiles. A 18 ans nos goûts musicaux ne sont pas très sûrs (les miens en tout cas), on oscille entre la discothèque du grand frère (coucou) et celle des parents en passant par celle des amis qui eux-même piochent dans la discothèque des frangins, le cycle est sans fin et le résultat est assez cacophonique. On a d’ailleurs tous été bien embêtés lorsque nos aînés ont quitté le domicile familial en emportant avec eux leurs trésors. Il a fallu s’émanciper, se distinguer, faire ses propres découvertes. Alors du coup ma rébellion à moi c’était la « chanson à texte », connue aussi sous le nom de « chanson française » voire même de « nouvelle chanson française », un truc de fou, un truc qui tranchait un peu avec ce que j’entendais de l’autre côté du couloir. J’ai poussé le vice encore plus loin : j’ai choisi le décor qui allait bien avec la bande son, un lycée de centre-ville situé entre la Place Saint-Anne et  la Place Hoche, une lubie un peu folle mais heureuse et des échappées belles à l’Arvor, le ciné qu’on sait pas bien comment il parvient à tenir depuis tout ce temps, avec ses deux salles et ses films coréens ou ouzbeks (ou les deux : coréens sous-titrés en ouzbek). Je lui dois une séance inoubliable, « Et là-bas quelle heure est-il », un film taïwanais: la séance de ciné la plus longue de ma vie. Nous sommes sortis de là un peu éberlués mais on se disait que c’était pas bien grave, qu’on allait faire notre petit effet au prochain cours de ciné.

Cinéma l'Arvor

Le premier concert auquel j’ai assisté avec mes copines (coucou), le premier qu’on avait vraiment choisi et dont les billets n’avaient pas été offerts pas une tante (comme ce concert là, dont ceux qui s’en souviennent sont presque tous morts ou ont des secrets plus sombres encore à cacher), bref, mon premier concert: c’était Arthur H à l’Antipode. Si ma mémoire est bonne, c’était la tournée Piano Solo. Bizarrement je n’en ai pas un grand souvenir. Je crois pourtant avoir adoré l’album Madame X; depuis j’ai changé, je trouve ça un peu chiant, je pense que c’est la maturité.

J’ai un souvenir beaucoup plus clair de la première fois où j’ai mis les pieds à la salle de la Cité, je me souviens parfaitement avoir été impressionnée par cette inscription sur le fronton : « Maison du Peuple ». L’idée me plaisait assez. C’était pour aller voir Yann Tiersen, j’avais 16 ans et mon prénom n’était pas encore associé au film de Jeunet, qui lui ne vendait pas encore du Prozac en pellicule. Quoique… je ne sais plus, c’était peut être après? C’est un peu flou.

De même, je ne me souviens pas du tout de la première fois où j’ai mis les pieds au Liberté; le Liberté d’avant parce que celui d’après, je n’y suis jamais allée… Oui je sais c’est moche mais je ne vis plus là, ma petite dame! Pour les rangs du fond, Le Liberté c’est la salle de concert bâtie sur le Champ de Mars, avouez que ça ne s’invente pas. Avant sa rénovation c’était une salle de type pas terrible. J’y ai pourtant de jolis souvenirs parmi lesquels la dernière tournée de Noir Désir, le concert que j’attendais depuis que mon grand frère, quelques années auparavant, avait brandi tel un trophée son t-shirt trempé de sueur en rentrant de cette même salle après avoir vu ce même groupe. C’était un jeudi, la veille de mon premier devoir sur table de philo, je me rappelle qu’une fille complètement hystérique n’arrêtait pas de hurler « Bertrand ! ! ! » et qu’à cela un type répondait invariablement « ta gueule ! « . Par contre je n’ai aucun souvenir de ce devoir de philo…

La période me paraît bien lointaine, mes goûts se sont un peu éloignés de ceux de Télérama, mais quelques rescapés demeurent : j’aime toujours Benjamin Biolay surtout lorsqu’il nous offre un album aussi bon que « La Superbe », j’aime encore plus Dominique A qu’à l’époque, j’apprécie Florent Marchet et j’ai longtemps craché sur Arnaud Fleurent-Didier, jusqu’à ce j’écoute son disque : il est bien.

Je « rentre » à Rennes régulièrement, mais comme l’herbe est effectivement plus verte ailleurs, je n’y suis pas suffisamment à mon gout. Un œil toujours rivé sur la programmation musicale, je suis passée à côté de concerts pour lesquels j’aurais tué : Bon Iver à La Cité, Josh T Pearson à la Chapelle du Conservatoire.
Bref, je suis comme un quart de la population parisienne: une Bretonne exilée. Et quand on me demande où je vis, j’ai toujours envie de compléter la réponse en précisant d’où je viens.

8 Commentaires sur “Paris Montparnasse – Voie 4”

  • Marc

    Excellent de lire ça, d’autant plus quand on est soi-même un Rennais exilé…

  • J’ai écrasé une larmouille quand tu as évoqué l’Arvor, et le Liberté, l’ancien… Tu ne parles pas des Transmusicales ou Rock’n Solex, trop commercial ?

    • AmETlie

      Oh bah si j’aurais pu en parler mais en ce qui concerne les Trans, quelque chose me dit qu’à partir de demain il va y avoir la dose.
      Quant à Rock’n Solex, ça aurait mérité un mot mais la liste de mes souvenirs Rennais n’est pas exhaustive et dieu merci elle continue de s’allonger!

      • Piedo

        T’as des souvenirs de Rock’n’Solex ? Je veux dire, tu te souviens d’une soirée là-bas ? La vache, ce que t’étais sage quand t’étais jeune.

        • AmETlie

          Oh mais oui je me souviens y avoir vu Syd Matters et Girls in Hawaii ! Et je crois même qu’il y avait un truc genre Lofofora après et que c’est à ce moment là que nous avons pris la fuite.

  • Anonyme aussi grande que toi

    Tss tss le programmateur de l’Arvor n’a pas plus de goût pour le cinéma asiatique que Piédo pour les fragrances de son voisin de bureau. C’est une squaaand-ale absolu, je tenais à le dire. Cependant, AméLie, c’est le premier post de DLF 2.0 et c’était chouette. Bravo petit scarabée. Et crois-moi sur parole t’as bien fait de remplacer les Ramoneurs de Dolmens Breizh atao par B.B. (bisous GT). Sinon tu viens aux Trans poulette ?

    • AmETlie

      Anne Bubu on t’a reconnue ! Bien sûr que l’Arvor n’est pas plus spécialisé dans le cinéma asiatique que moi dans la migration des oies sauvages ! J’ai forcé le trait mais sa programmation n’en reste pas moins confidentielle pour partie. J’y ai passé un nombre incalculable d’après-midi et l’épisode évoqué plus haut m’a marqué, non pas parce que le film était taïwanais mais parce qu’il était représentatif de ce que nous étions à l’époque : avides de découvertes mais un brun snobs (et surtout extrêmement sympathiques). Je dis on mais c’est plutôt je, loin de moi l’idée de parler pour les autres. Les choses sont-elles si différentes aujourd’hui? Je crains que non, pas vraiment. Mais c’est pas toi qui va me jeter le galet hein?!
      (message à caractère privé : oui je serai au Trans ce week-end !)

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