Elysian Fields: comment Marseille t’a volé ta flamme

Le 27 novembre 2011 par Sophie V.
 

Si ça continue ainsi, mes chroniques de concert vont finir par se réduire à un fil élimé : ils sont venus. On les a vus. Ils ont été vaincus. Lundi soir le Cabaret Aléatoire s’est pris mon carton rouge dans sa face de programmateur incompétent. Tenez-vous bien : Elysian Fields, duo qu’on ne présente plus, relégué au rang d’apéricube au paprika. Alignés inopinément en PREMIERE partie de… je vous le donne en mille : un microscopique puceron sur la mappemonde des groupes de rock, de la famille proliférante des groupes en –the. The Tellers donc, pour l’anecdote, pré-adolescents agités du bocal et secoués de la frange, surexcités d’avoir obtenu la permission de minuit. Rien à en dire, les gens sensés se sont barrés.

Donc déjà, nous voilà, à peine arrivés, saisis à 21h pétantes par le cruel manque de jugeote du programmateur. Le public se serait avec indulgence envoyé les petits « raconteurs » comme des cacahuètes avant le recueillement, mais là non, il a fallu tout de suite entrer dans le vif du sujet. Mais soit, nous étions là pour ça. Alors que le jour trainait encore dehors, nous nous sommes laissé sans peine happer par l’ambiance feutrée de Elysian Fields, qu’on aurait souhaité désirer plus longtemps. Mais là, deuxième déconvenue : le concert pour lequel les gens avaient acheté leur billet n’a pas franchi la barre d’une heure. Scène d’une tristesse infinie : une cinquantaine de personnes dans une salle d’une capacité de 900. (j’en ai parlé ici ) Je ressens toujours un peu de honte et de souffrance à recevoir un groupe d’une telle qualité dans une salle vide.

Jennifer Charles, dans sa robe noire de tragédienne échancrée, drapée d’un gilet fluide et lascif, avait la voix sensuelle et les postures langoureuses. Atmosphère calme, sobre, le guitariste Oren Bloedow le plus souvent assis, la chanteuse debout, quasi immobile ou le corps ondoyant, égrenant des notes suaves, élégante. Les chansons du dernier album, « Last night on earth », ont eu la part belle, Church of the Holy family, Old old wood, Red Riding Hood, Johnny… Mais le spectacle dans l’ensemble était triste, éteint, loin de la flamme que mes amis avaient déjà vu éclater chez eux lors de précédents concerts. Un malaise semblait régner, comme en a témoigné une remarque ironique de Jennifer Charles, semblant reprocher aux organisateurs d’avoir mis une barrière entre la scène et les spectateurs. Caustique : « Ils ont eu raison, nous avions peur que des gens en furie se jettent sur la scène… ».

Déconcertés par l’ordre de passage des groupes et par la micro-durée du concert, nous avons heureusement pu en discuter avec la chanteuse, qui errait dans les couloirs pendant la deuxième partie, semblant chercher le contact, comme si elle voulait être consolée, rassurée. Et nous avons appris que 1 : ils n’avaient pas eu leur mot à dire sur l’ordre de passage, qui avait été interverti au dernier moment (un couple dépité était venu spécialement de Toulon et n’avait vu que DEUX chansons !) (Attendez, j’ouvre une parenthèse pour crier au SCANDALE) et 2 : les programmateurs avaient RECALIBRE LEUR TEMPS DE SCENE, leur intimant de ne pas dépasser une heure! Elle semblait atterrée, flottant entre la résignation et la colère rentrée, sonnée d’incompréhension. Mais nous avions enfin une explication à une prestation si en retenue, si peu enlevée, quand on m’avait dit que Elysian Fields exultait de passion sur scène…

C’est un autre sujet, mais nous revenons à des incohérences marseillo-marseillaises, à une organisation d’AMATEURS ne sachant pas hiérarchiser l’anecdotique et le consistant, et contribuant à la possible antipathie pour Marseille de groupes d’une assise incontestable. Et Jennifer Charles, comme les Shout Out Louds et d’autres, nous a elle aussi confirmé qu’ailleurs en France (sans parler de Paris) ils faisaient salle comble. Voilà en tous cas de quoi me faire finir la soirée bouillante de colère, devant l’effrayant constat de l’insignifiance de l’artiste face à des organisateurs imbéciles.

Best of DLF: première publication le 25 mai 2011

6 Commentaires sur “Elysian Fields: comment Marseille t’a volé ta flamme”

  • JYLfr

    Je suis assez sidéré par le comportement des organisateurs de la soirée… qui ne doivent absolument pas être au courant de l'histoire et du talent d'Elysian Fields pour oser les placer en première partie… C'en est désespérant.
    Pour le titre de ton article, Sophie, je trouve à la limite que Marseille en prend trop pour son grade. Toi et les 50 qui ont apprécié ce concert, vous êtes AUSSI Marseille, non ? Mais en même temps, je comprends mille fois ce titre, surtout avec ce douloureux écho de ton article précédent qui trouve là une brillante mais cruelle résonance. Que Marseille sait être triste…
    A la limite, ce qui lui manque peut être un peu (quoique je n'en sais rien j'ai trop peu fréquenté les "petites" salles marseillaises…) c'est des salles de moindre capacité. Des Maroquinerie (450 places maxi), Boule Noire (300), Café de la Danse (450), Batofar (250), Scène Bastille (350), et j'en passe beaucoup, constituent des repères fabuleux pour la scène indé qu'on aime. Une salle de 900 personnes dans une région moins peuplée et vraisemblablement moins axée sur ce style, c'est nettement trop calibré…

    En tout cas, merci pour ce live-report, et merci d'avoir "consolé" Jennifer qui ne mérite vraiment pas ça !

  • Olivier V.

    Je ne suis pas trop d'accord sur un point, lorsque tu évoques "une organisation d’AMATEURS". Pour avoir côtoyé pas mal de non-professionnels de l'organisation ceux sont souvent de vrais fans de rock et ils sont souvent plus à l'écoute des artistes que les salariés des grosses salles.
    Mais, ok, c'est vrai, je chipote car je comprends parfaitement l'idée que tu développes. Et je suis entièrement d'accord avec toi : ce qui s'est passé là est proprement scandaleux. Scandaleux et pour le moins étonnant. A ma connaissance, quand un groupe est programmé cela fait l'objet d'un contrat très précis ; il suffit de voir les exigences de certains groupes en terme de catering pour en prendre la mesure. Le groupe a donc forcément signé un accord pour une date, un lieu, un équipement sono à dispo, une heure de passage sur scène, le nombre de bouteilles d'alcool backstage, etc, etc… De plus, il se déplace sans douet rarement sans leur manager ou leur tourneur qui est censé veillé au bon déroulement de la prestation depuis les balances jusqu'au départ du groupe. Donc au-delà de l'aberration que tu soulignes avec une prose qui fait du bien à lire, comment ce qui s'est passé ce soir-là est-il tout simplement… possible ?

  • piedo

    @Olivier : Elysian Fields, malgré le succès d'estime reste un petit groupe (ils ne sont que deux). Je ne suis pas certain qu'ils disposent d'un tour manager sur l'ensemble de leurs dates (faudrait voir avec leur label, les bordelais de Vicious Circle).

    Leur rider n'est certainement celui d'un groupe majeur ou en plein buzz, et c'est sans doute ce qui a permis qu'on se moque d'eux de la sorte. Le changement de line-up, même si l'horaire de passage, est toujours possible, puisqu'en définitive, c'est l'organisateur qui garde la main. Mais c'est vrai que sur ce point, y a clairement eu un foirage entre l'organisateur et le tourneur.

    Après, je te rejoins sur un point. Les amateurs, notamment dans les musiques de niche, sont souvent bien plus aux petits soins des artistes que les vrais professionnels de la profession.

    Je ne connais pas le fond du problème, mais j'ai quand même bien l'impression que ce qui s'est passé aurait été impossible partout ailleurs qu'à Marseille. Dans mon imaginaire breton, ta question ("comment ce qui s'est passé est-il tout simplement possible") se pose plus souvent qu'à son tour dans cette ville… Magie du sud, sans doute.

  • Anonymous

    Je suis atterré. La dernière fois que j'ai vu Elysian Fields jouer devant aussi peu de monde, c'était à Toulouse… en 1997 !!! C'est un grand groupe qui mérite mieux que l'incompétence et l'inculture d'une partie de cette profession.

  • Reno

    Hélas complètement d'accord avec ce post, ayant découvert à mon arrivée à la friche avec une amie qu'Elysian Fields, pour qui j'avais reservé mes billets des mois à l'avance, avait été relégué à la première partie et avait commencé à jouer depuis 40 minutes. Nous avons pu voir les trois derniers morceaux (superbes) avant de nous voir infliger les oubliables Tellers (et sommes partis dans les minutes qui suivaient le début de leur toute aussi oubliable prestation).

    Quelle salle de merde, une fois encore.

  • Sophie.V

    Je suis naïve mais, y'a pas moyen d'obtenir remboursement? C'est HALLUCINANT tout de même!

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