Le théorème de Yuksek

Le 16 novembre 2011 par Disso

C’est un principe que plus d’un parmi vous a déjà dû éprouver : vous partez à un concert de plusieurs artistes persuadés que vous allez aimer l’un d’entre eux et pas l’autre, lorsque … (notez que j’introduis une touche très habile de suspens dans ce post).

Campons un peu la scène : l’Antipode salle rennaise à la programmation plutôt indé pop folk souvent très classe, Disso, une blogueuse musicale rennaise et Lisenn une blogueuse culturelle rennaise, du cidre et le quartier de Cleunay dont le slogan est : Cleunay, ses habitants (c’est dire si le sus-dit quartier est peu pourvu en activités et charmes patrimoniaux). Imaginez un quartier d’immeubles construit dans les années 80/90, une population de moyenne et petite bourgeoisie, un grand supermarché, une grosse clinique et quelques hangars abritant un magasin de surgelés, une coopérative bio, un centre de judo etc etc
Au milieu de tout ça, une MJC et accolée à la MJC une salle de concert, le tout baptisé Antipode. La programmation de la salle de concert est faite par Gaëtan Naël et en général, les gouts du monsieur et de son public le portent plutot vers la folk, la pop et parfois les sonorités un peu plus electro comme lors du festival Electroni[k].

Oh, Oui, Pierre-Alexandre, enfume-moi sauvagement

Ce soir-là, justement, c’est soirée electro avec trois têtes d’affiche : Civil Civic , Mc Luvin et Yuksek. Et le groupe pour lequel je viens, c’est Civil Civic, tous les echos de concert sont excellents : un groupe qui démonte, la claque du moment etc, etc (on reconnait d’ailleurs la modération des gens du milieu musical parisien quand il s’agit de parler de musique)
Donc, le duo australo-anglais Civil Civic débute le concert. Prise de doute, et fort myope au demeurant, je me tourne vers Lisenn à plusieurs reprises pour m’assurer que oui, ce que je vois/entends là est bien le groupe dont tout le monde m’a assuré qu’il était génial. Les sons un peu froids et brouillés tombent à plat, le plus jeune d’entre eux a l’air d’un ado qui s’entraine à la guitare devant son miroir dans sa chambre et l’ensemble me laisse mais alors, complètement, totalement, irrémédiablement froide.

Vous connaissez ce genre de situations, dans ces cas là, un seul lieu de repli : le bar! (et son cidre à foison). Un désarroi intense s’est abattu sur moi et je noie mon chagrin dans l’alcool (et le coca, pour être tout à fait honnête) parce que bon, je pense que vous avez compris, autant Civil Civic m’intriguait, autant MC Luvin était inconnu à mon bataillon, quant à Yuksek, moi l’electro à la Ed Banger…

Retour devant la scène, c’est Mc Luvin qui commence son « show » et show ici, c’est bien le mot ; l’apocalypse musicale s’abat sur nous : musicien imbibé braillant des « est ce que ça va Rennes? » à tout bout de champ, cravate léopard, pantalon taille basse laissant dépasser le slip, musique et paroles d’une indigence totale, bref : Back to the bar! Avec Lisenn on finit par ressembler à deux piliers de comptoir. Et là, mais vraiment, vraiment, je suis catastrophée et je me dis, ok, au point où on en est, on peut bien se taper un ou deux titres de Yuksek, ça peut pas être pire. C’est alors que…. (et vous voyez tous où je veux en venir).

Yuksek entre en scène. Déjà, moi, j’imaginais un mec tout seul ou presque derrière son laptop, je vois entrer un vrai groupe : Pierre Alexandre (le chanteur) aux claviers, Clément à la basse et au synthé et Noémie aux percussions. Bon, évidemment la salle est pleine à craquer de jeunes en tous genres, la moyenne d’âge doit tournicoter autour des 20 ans et l’ambiance est plus slim et mèche que chemise à carreaux comme pour Herman Dune une semaine plus tard.
Premières notes de musique, allez disons 30 secondes de « You Should Talk » et je me retourne stupéfaite vers Lisenn « hey, mais c’est que c’est bon! » Je m’attendais à du gros boum boum bourrinant et nous voilà beaucoup plus près de Vitalic (je suis très fan de La Rock 01 et cie) que de Justice. Les musiciens se débrouillent très bien, la petite batteuse est fort douée, l’ensemble est intelligent, bien fichu et honnête.

Principe de Yuksek 
En musique, l’honnêteté paie toujours quand tu joues ce que tu annonces, y a pas de problème.

Yuksek dit : je vais vous faire sauter en l’air, danser, vous vider la tête et il le fait. Alors forcément, parfois, on a envie de s’indigner un peu : hey, Pierre Alexandre, elles sont grosses là, les ficelles, ces montées sonores continues suivies d’un break explosif comme une jouissance musicale qui fait sauter d’un coup en l’air tout le public. Mais en même temps, il triche tellement pas, c’est tellement carré, généreux jusque dans le rappel et les trois se donnent tellement à fond dans ce qu’ils font que franchement, on ne peut qu’être admiratif, reconnaissant et conquis. Et derrière tout cela, il y a un réel talent de musicien, une science de la mélodie, de la composition (et très certainement un mec qui doit être doué pour la production, il a d’ailleurs produit un Birdy Nam Nam). En écoutant cette musique, je vous défie de rester plus de cinq minutes sans au minimum dodeliner de la tête, voire carrément vous démonter les pinces en vous tortillant telle la langouste de Cuba jetée dans un bain bouillonnant. Alors voilà, maintenant, je le dirai contre vents et marées (indies les marées), Yuksek en live, c’est vraiment bien!

Théorème de Yuksek 
C’est souvent le groupe que tu penses détester que tu finis par préférer dans une soirée.

La setlist
Article d’Alter1Fo sur le concert

5 Commentaires sur “Le théorème de Yuksek”

  • Erwan

    Je ne vois qu'une explication au fait que vous ayez apprécié Yuksek: tout l'alcool ingurgité pendant les deux premiers groupes!

  • LZ

    @Erwan : non, non, nous n'avons pas bu plus que de raison (et la raison, ça nous connaît !). Nous avons juste retrouvé une seconde jeunesse…

  • Zéphyr indé

    Défi (partiellement) relevé, chère Disso ! Je me souviens d'un live solo de Yuksek auquel j'assistai par harsard (m'étant fourvoyé par mégarde dans un festival electro…) lors d'une nuit froide, humide et sonore en 2010 : un cauchemar éveillé ! Egaré parmi des centaines de teufeurs extatiques, je demeurai imperturbable pendant trente-cinq minutes environ avant de battre en retraite : il me fallut certes "sauter en l'air", jouer des coudes mais pour fendre la foule et si j'en vins finalement à "dodeliner de la tête", ce fut (bien malgré moi) juste avant de me vider… les tripes ! Morale cette l'histoire : la prochaine fois, je ne boirai que du cidre (ou du coca) et surtout j'irai… voir YUCK (au sec !)

  • tuysbx

    Ca m'a presque donné envie d'y être. Avant Yuksek était "tout seul derrière son laptop" comme tu le supposait et c'était assez chiant. Mais avec un groupe je demande à voir.

  • Sylvain

    Yuksek, Vitalic, Birdy Nam Nam… que le top des musiques électroniques quoi. Les goûts des rockeux en matière d'électro me sidéreront toujours.
    Je ne nie pas qu'il fasse dodeliner de la tête (voire jusqu'à taper du pied, comme la "rave" Caribou à la Route du Rock). Sinon, moi je l'avais toujours vu seul (et Vitalic a fait la meme chose dans le festival où je l'ai vu cet été à 3000 Km de celui où je l'avais vu pour la première fois il y a bien 10 ans).

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