Où il est question d’emballement, de nostalgie, d’oxymores, de parapluies et de crème catalane

Le 13 novembre 2011 par Sophie V.

L’autre jour, alors que Candice et moi nous entretenions par DM sur Twitter des implacables écueils de la vie, elle eut la lumineuse inspiration de m’envoyer, d’une chiquenaude anodine, une chanson. Dont le titre, déjà, s’insérant avec grâce dans le tourne-disque bancal de mon cerveau, m’émut. « Dry the Rain », quoi. L’oxymore qui envoie « l’obscure clarté qui tombe des étoiles » dans un champ de choux has been. Ce genre de chanson qui, sitôt les 4 premières notes écoutées, entre au panthéon de votre jukebox mental. Celle-ci fit mouche plus rapidement qu’une mouche ne fait mouche, c’est dire la parfaite adéquation entre son architecture et mes sentiments. C’est un peu comme si, souffrant d’un manque possiblement mortel de crème catalane, vous voyiez se matérialiser devant vous une échoppe de crème catalane.

Alors je me fichai un peu d’apprendre par la suite que The Fling viennent de Long Beach, California, comme je me fichai de leurs (énièmes) cheveux et barbes. Parfois, on ne veut pas aller plus loin, savoir ce que le groupe a écrit d’autre, par peur de véroler cette singulière union entre CETTE chanson et nous. Et si le reste des compositions était dans le champ de choux, avec l’oxymore cornélien des étoiles obscures ? Non, mieux valait s’enfermer dans une intimité fusionnelle avec la chanson que le hasard incarné en Candice avait mis sur le chemin de mes oreilles. Tout ce qui comptait était qu’au moment précis où le cœur de mon imaginaire réclamait du fourrage pour continuer à battre, il fut nourri et apaisé.

Et puis quand j’ai regardé le clip, aussi à battre plus fort mon cœur s’est mis. Encore un moment d’étrange coïncidence entre nos désirs esthétiques et l’œuvre que l’on découvre.

D’abord, en ouverture, le parapluie bleu, l’antithèse des paradis blanc, rêve bleu, ou autre chantons sous la pluie mainstream. Non, ce parapluie est plus proche, finalement, dans mon monde imaginaire, du parapluie aimé d’une chauve-souris, « par goût du désespoir car tout glissait sur lui ».

Mais ces jeunes gens sont légers comme des fétus de paille, gracieux comme une roue à aubes, aériens et détachés du triste contingent. Ils ont le sourire entendu de ceux qui s’y entendent en ruses de la vie, mais aussi la candeur épatée de ceux qui découvrent encore des plaisirs inattendus. Comme moi, ils ont la nostalgie d’un âge d’or chevillée au corps, la passion d’un présent insensé, et l’intuition d’un avenir globalement perfide et détraqué.

Touchée, de manière inexpliquée, par la première phrase, et les rencontres simples qu’elle met en scène: “See them walk around, talking to themselves, shaking the hands of people that they meet”. Très touchée.

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