Lana Del Rey – le premier DLF clash

Le 8 novembre 2011 par Piedo

D’habitude, sur DLF, les échanges entre les blogueurs sont aussi feutrés qu’une sous-commission sénatoriale. Las, je me dois aujourd’hui enfreindre cette règle implicite, quitte à prendre tous les risques et mettre en jeu mon poste (confortable) au sein du comité DLF pour un bon blogging musical (le soviet suprême, comme on aime à l’appeler entre nous, confortablement installés dans un fauteuil en cuir, un cigare à la bouche, lors de nos réunions éditoriales).

En effet, hier soir, suite concert de Lana Del Rey au Nouveau Casino, Disso a rédigé un post (de fort bonne qualité, comme à son habitude, mais là n’est pas la question) dézingant aussi bien la chanteuse à lèvres que son public conquis d’avance et déçu, forcément déçu.
D’évidence, Lana Del Rey est un produit marketé à mort, qui reprend pour elle nombre de codes de la scène indépendante, Chryde de la Blogothèque le montre parfaitement bien dans cet article. Elle est bien loin de l’artiste qui écrit ses petites chansons dans sa chambre, qui minaude sur des vidéos home made et qui s’empare des codes du web pour s’assurer un début de carrière fulgurant.
Disso lui reproche de n’être qu’un produit, auquel auraient succombé des gogos. Et, à mon humble avis, c’est un peu court. Ce serait oublier que Video Games ou Blue Jeans sont de très bonnes chansons. Pas inoubliables, mais bien au-dessus de pas mal de productions actuelles. Surtout, ça serait oublier que la musique manufacturée, la musique de producteurs qui s’attachent les services d’interprètes (par opposition un peu facile à la musique d’artistes indépendants) a été à l’origine de grands disques, de grands chanteurs et de grandes chansons. La preuve par l’exemple.
Le plus cliché : Toxic de Britney Spears
Cette personne est sans doute la plus grosse caricature de chanteuse à hits, l’incarnation de la pétasse acéphale issue du Club Mickey. N’empêche que Toxic et sa grosse ligne de basse font partie de ces chansons sans laquelle une soirée n’est pas totalement réussie, une de ces chansons qui te font oublier, l’alcool aidant parfois, tes inhibitions et qui te poussent au milieu du dancefloor (qu’il s’agisse du salon de papa et maman, duquel on a viré le canapé Cuir Center et la table basse ou du bar de nuit dans lequel tu finis de dépenser ton salaire), pour te trémousser les bras en croix et les yeux fermés. (ndlr : cette dernière image est tirée de faits réels)
L’évidence : toute la carrière de Michael Jackson
Génial interprète, génial danseur, showman hors-pair, Michael Jackson a pulvérisé les mètres étalons du hit. Pourtant, il n’aurait rien été sans le travail de Quincy Jones, qui est le véritable artiste de Thriller (les cocottes de guitare ou la ligne de basse imparable de Billie Jean ne doivent rien ou presque à Jackson).
La référence historique : Motown et Stax
L’usine à tubes montée par Berry Gordy et son pendant southern soul Stax créé par Jim Stewart et Estelle Axton sont à l’origine de certaines des plus grandes chansons jamais produites, de certaines des plus grandes carrières musicales (tiens, comme c’est étrange, on retrouve d’ailleurs Michael Jackson dans cette rubrique). Sans en faire la liste, ce seul exemple illustre la nécessité, dans ma discothèque idéale, de la musique de producteurs. Il ne s’agit pas de diminuer les mérites des interprètes, mais bon, Stax a quand même assuré sa plus grosse tournée européenne avec un seul backing band, qui comprenait certes des pointures comme Donald Dunn, Steve Cropper ou Booker T. Tout comme le formidable jeu d’échanges de chansons, de covers dans tous les sens, ça illustre quand même assez bien l’importance relative des interprètes dans ces tubes…
L’instant RIP : Amy Winehouse
L’alcoolique pluri-toxicomane la plus célèbre du monde avait surtout pour elle sa splendide voix. Parce que son explosion planétaire, elle la doit essentiellement au travail de Mark Ronson et Salaam Remi, qui ont eu le bon goût d’orienter sa carrière vers le revival 60’s et soul. Et ça, c’est bien un choix (et une idée de génie) de producteur, pas d’artiste.
Bref, tout ça pour dire que, oui, d’évidence encore une fois, Lana Del Rey est un produit, dans le sens « objet musical façonné par un producteur à gros cigare ». Mais ça ne préjuge en rien de la qualité de ses chansons (pour la qualité de ses prestations scéniques, je doute que les 35 minutes poussives du concert parisien soient une preuve définitive de quoi que ce soit). Ça ne signifie pas qu’il s’agisse d’une arnaque ou d’un coup marketing. Après tout, si toutes les escroqueries musicales qu’on a subies était du niveau de Video Games, les radios musicales grand public seraient nettement moins affligeantes (et, du coup, les passages obligés chez le coiffeur ou en supermarché moins oppressants).
Si il est passablement ridicule de faire de Lana Del Rey l’égérie de la musique indépendante (sérieusement, qui peut croire ça ?), je trouve qu’il est par trop réducteur de jeter sa musique avec l’eau du bain parce que sa démarche n’est pas hardcore DIY (sauf pour ses lèvres, tellement atroces que c’est à croire qu’elle s’est faite ses injections elle-même).
L’engouement dénoncé par la patronne de ces-lieux pour Lana Del Rey ne me dérange pas plus que celui qui accompagne les débuts fulgurants de Wu Lyf. Après tout, on vit dans une époque où le marketing est roi, où n’importe quel code artistique est très vite digéré. Suffit juste de n’être dupe de rien, et de se contenter d’écouter de – très – bonnes chansons.
PS (et note à la rédaction) : je suis bien évidemment prêt à procéder à mon auto-critique devant le prochain comité de vigilance pour un bon goût musical. Et je n’hésiterai pas à renier toutes les lignes qui précèdent, parce que c’est pas parce qu’on donne son avis à tout bout de champ qu’on n’a pas le droit d’en changer.
PPS : Certes, les discussions fondamentales sur des sujets aussi importants sont au coeur de DLF. Néanmoins, évitons de négliger le futile. Par exemple, ce soir, mardi 8 novembre, à la Bascule à Rennes, se produit The Patriotic Sunday, avec les musiciens de La Terre Tremble. Je serais très très très contrarié que vous ne veniez pas.

6 Commentaires sur “Lana Del Rey – le premier DLF clash”

  • Anonymous

    AH!!!! Il ne peut pas s'empêcher de te refoutre du Patriotic Sunday!

  • piedo

    Steven, je te vois.

  • Anonymous

    Non je suis…. Patrick.

  • Reg

    Je suis d'accord sur l'ensemble, sauf un truc : la comparaison entre Lana del Rey et ceux que tu as cité est un peu cavalière.

    Sur le reste, effectivement : fuck les puristes de la pureté qui préfèrent de la daube indé à de la bonne musique du "diab' capitalisse".

  • Gaël

    Je suis en partie d'accord avec la démonstration. En partie. On ne peut pas nier qu'un jour où l'autre, on a tous été morts d'envie d'engouffrer un bigmac ou de se trémousser sur Britney Spears. Moi pas, parce que je ne déroge jamais à un certain sens de la dignité, mais je connais plein de gens qui… Et dans ces cas là, on est d'accord: la bonne musique de bon producteur, ça tabasse.

    On pourrait cependant discuter de la valeur nutritive du produit. Or Britney Spears nourrit l'âme comme un bigmac nourrit le corps : en la laissant vide, sale, légèrement violichonée (c'est comme violée mais moins). Toute chmouif, quoi. Quiconque tente un jour d'écouter tout un best-of de Britney Spears commencera par quelques déhanchements goulus et finira tout chmouif, c'est imparable.

    Quant à Lana machin, c'est vraiment une daube imfâme. Si Britney Spears est un big mac, on a là affaire, au maximum, à un cordon bleu décongelé 1er prix de chez Lidl, avec de vrais morceaux de dinde reconstituée et plein de matières grasses hydrogénées. Et j'ai pas attendu de voir ses lèvres de babouin pour le penser…

    MORALITE: Disso a tort, mais Piedo aussi.
    Et devinez qui c'est qu'a raison?

  • Reg

    @Gaël : t'es du genre à rouler en Méphisto toi je suis sûr.

    #JustFeedingTheClash

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