Fuck Buttons – Street Horrrsing

Le 27 avril 2008 par admin
Il est souvent étrange de relier une oeuvre littéraire à une oeuvre musicale. Pourtant, inconsciemment — ou consciemment si les jeunes membres de Fuck Buttons ont autant lu Bataille que Nick Barnes d’Of Montreal — l’album des deux jeunes natifs de Bristol, autant inspirés par Sonic Youth que par l’apparente sérénité d’un arc-en-ciel, semble bien traduire Le Bleu du Ciel : au fond de tout désespoir, une harmonie se crée. Noisy — du bruit pur diront certains, à peine entrecoupé de brefs moments de répit — Street Horrrsing l’est assurément. Parsemé de gros riffs de guitare saturée sur lesquels s’explose une voix qu’on dirait sortie d’un Come to daddy d’Aphex Twin, les six tracks qui composent l’album atteignent sans doute les confins de l’audible pour mieux en redéfinir les frontières.

Les instruments oniriques discrets assurent timidement une mélodie parfaitement ajustée, laissant ostentatoire l’espace topologique entre musique et bricolage acoustique. Car c’est bien ici que Fuck Buttons tire son épingle du jeu : le duo de Bristol est un duo d’explorateurs, de navigateurs à la recherche d’une terre inconnue que seule une poignée de groupes ont osé fouler (les récents Battles, par exemple ou Mogwai).

Sweet Love for Planet Earth commence sur une électro douce, un sample en boucle à la The Field et un xylophone sous acide pour étayer l’intro, avant d’exploser à la minute vers une cacophonie paradoxalement apaisante et progressive. Ribs out trompe l’auditeur en lorgnant vers le tribal-rock d’un Liars ou d’Animal Collective, et se referme sur une déchirure sonore annonçant clairement la suite : le magistral Okay, let’s talk about magic, pivot central de l’album d’une dizaine de minutes, sorte de Kandinsky sonore (et sonique) en transe à travers la galaxie, filant à des années lumière.

On retiendra par ailleurs l’excellent Bright tomorrow, antépénultième titre, peut-être le plus mélodique, le plus conventionnel aussi mais surtout le plus proche de la Terre pour mieux la déstructurer et réinventer un nouvel Eden par la suite (en témoigne le calme conclusif de Colour moves et son riff final jusqu’à la panne d’électricité). Street Horrrsing est en tout cas une méthode de démolition, un planning de reconstruction, bref, un tout-en-un vers un nouveau paysage musical. Un album aussi, sans doute, mais même cela, Fuck Buttons n’en a cure : pour le moment, ce n’est sûrement pas un LP à mettre entre toutes les mains. « Une femme qu’on aime guère est plus supportable si l’on fait l’amour avec elle », écrivait Bataille. C’est parfaitement la philosophie des deux anglais : l’épuisement jusqu’à la sérénité.

Fuck Buttons – Okay, let’s talk about magic (short version)
http://www.myspace.com/fuckbuttons

Un commentaire sur “Fuck Buttons – Street Horrrsing”

  • heebooh

    J’étais pas tellement convaincu après une première écoute quelque peu distraite, mais après m’être plongé dedans, je dois reconnaître tout le talent du duo. Au casque, ce disque est un véritable voyage. Du noise aussi apaisant, c’est pas souvent qu’on entend ça.

    Allez hop ! J’achète !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *